Tronches de vie

 

Patrick Storhaye, CEO Flexity

Bonjour Patrick. Vous connaissez le principe de l’inter­view schizo ?

Bonjour Patrick. Je vous remercie de garder une certaine distance entre nous. Vous auriez pu m’appeler El Professor comme dans « La Casa de Papel », car c’est comme ça qu’on m’appelle de Nairobi à Tokyo, mais pour votre entreprise de papier, Patrick fera bien l’affaire. Quant à cette prétendue schizophrénie à laquelle vous faites référence, je vous rappelle qu’il s’agit d’une perte de contact avec la réalité que vous confondez peut-être avec le dédoublement de la personnalité, plus communément appelé trouble dissociatif de la personnalité, et qui correspond présentement à notre réalité du moment à tous les deux. Je tiens à cette précision parce que je ne veux pas que vous me preniez pour un Autre. J’avoue que le procédé de m’interviewer moi-même par votre truchement est un peu fou, mais en vérité je préfère la tendresse des fous aux ordres des doctes, alors allons-y mon kiki.

Vous venez de publier un ouvrage intitulé « Tronches de vie », un recueil de 15 nouvelles en 168 pages, chez Amazon Kindle Direct Publishing. De quoi s’agit-il ?

Il s’agit d’un ouvrage intitulé « Tronches de vie », un recueil de 15 nouvelles en 168 pages, publié chez Amazon Kindle Direct Publishing. 

Patrick, je vous remercie pour cet interview. 

Vous les avez lues, vous, au moins ces 15 nouvelles inspirées de situations réelles, de restaurants parisiens en bars lisboètes, en passant par les supermarchés de banlieue lointaine et les aéroports de province, avec une pointe de cynisme sur le réel et de tendresse sur le monde ? 

Non, je vous l’avoue, je ne les ai pas lues. Mais je les ai écrites. A l’instar de Yann Audouard qui commence ainsi sa « lettre ouverte aux cons », j’oserais dire : « Je sais de quoi je parle. J’en suis ». Et c’est bien moi qui les ai écrites ces scènes du quotidien dans lesquelles un regard sensible peut percevoir un tremblement de vie suspendu entre la brutalité du réel et la délicatesse de la poésie qui s’y cache.

Ce sont donc des scènes réelles ? Ce ne sont pas des histoires que vous avez inventées ?

Elles sont toutes en effet réelles. De jolies histoires vraies, à lire à pleine bouche et avec les doigts. Tenez, prenez la première « O palácio », qui se déroule dans la chaleur bouillonnante d’une marisqueira à Lisbonne, je l’ai écrite alors que j’y dinais seul un dimanche soir. Les lieux, les situations et les personnages existent. Quant à l’histoire, comme disait Boris Vian, elle « est vraie puisque je l’ai inventée ».

Qu’étiez-vous en train de manger lorsque vous écriviez cette première nouvelle ?

Des gambas et du vin blanc. Mais sans vouloir usurper votre identité, je vous rappelle que c’est vous l’inter­viewé et moi l’interviewer ! N’inversons pas les rôles.

Vous voudrez bien m’indiquer avec lequel d’entre nous vous voulez inverser les rôles. Ils sont nombreux dans ma tête ! Je ne suis qu’un journaliste qui pose des questions. 

Commençons par le début alors. Ces histoires sont donc des situations réelles que tu peins avec réalisme et parfois noirceur mais, à chaque fois, tu révèles une touche de lumière, de grâce. Qu’est-ce qui t’a amené à ça ? Comment cela a-t-il commencé ? 

Au fond, la poésie n’est peut-être pas mon refuge, mais j’essaye toujours de tendre vers l’attitude du poète qui trouve dans les mots, la réponse, indestructible bien que fragile, à la vie. Or, être un poète, à mes yeux, c’est toucher la chair à vif, le sang à fleur, pour pénétrer l’obscurité de l’humanité avec les yeux d’un enfant. Tout a commencé dans un hôtel de province. Une de ces petites villes qui se décrit comme « au centre de tout » mais qui n’est près de rien. On y est pris par le charme désuet d’une « soirée étape » dans un de ces lieux surannés où la vie se bat comme elle peut pour exister entre les murs qui suintent le gras, celui des clients plus que celui des plats, et qui s’effritent à mesure que les ressources du propriétaire s’évaporent. Alors on se prend au jeu et on écrit, sur son smartphone, et on publie son post sur Facebook.

Mais pourquoi avoir continué alors ?

D’abord, parce que les réactions à ce post sur Facebook m’y ont vraiment encouragé. Entre Thomas qui était « embarqué » et se « voyait à la table d’à côté », Alexandre qui voyait « Du Flaubert Irlandais ; du Brel de chez ces gens-là ; du Doisneau mis en mots par Prévert » ou Florine qui affirmait « tu devrais écrire des romans... bravo et en plus des moments émouvants... », je ne pouvais que poursuivre. Peut-être aussi parce qu’écrire c’est chercher à créer des traits d’union. Entre soi et les Autres, entre les Autres, entre vous et moi. Entre le réel et l’imaginaire, entre dedans et dehors. Et s’exposer au dehors, c’est fertiliser le dedans. Vivre et contempler, puis donner.

C’est toujours comme ça dans ta tête ? Tu passes ton temps à imaginer la vie des gens ou c’est seulement dans tes nouvelles ?

Je crois qu’on passe tous notre temps à imaginer la vie des gens. Ça peut même confiner à l’horreur. On ne leur prête pas attention mais on les affuble de ce qu’on leur prête, comme défauts, privilèges ou caractéristiques. Je préfère le faire pour de rire, comme les enfants. L’immensité intérieure des enfants, des fous et des poètes renvoie à eux-mêmes ceux qui asservissent la vie à une fonction d’utilité. Peut-être est-ce précisément pour cela qu’ils les matent, cachent et musellent tout en réclamant pourtant du rêve, de la liberté et de la douceur. Je fais tout ce que je peux pour rester un de ces enfants-là. Ou un fou. J’aime les saltimbanques et les funambules, ceux qui flirtent avec leurs abîmes et offrent au monde tout l’amour qui leur évite de s’y noyer.

Elles nous emmènent où tes nouvelles ?

A Lisbonne, un dimanche matin quand la vie ne sait pas trop si elle doit sortir au grand jour ou se prélasser plus longtemps ; A une soirée de Noël en famille où tout le monde n’en peut plus de tout et n’en veut plus de rien ; Sur la place d’armes d’une ville de garnison où les matadors étalent leur virilité bruyante et binaire devant des petites fardées à la truelle pour dissimuler la tristesse de leurs espoirs d’amour déçus ; Dans un TGV pour Montpellier un lendemain de grève SNCF et dans un bar-tabac parisien où on débite le tabac, et le reste, tant que ça vend et que ça marge ; Dans les allées d’un Super U devenu Hyper U ou encore au cimetière des plaisirs de Lisbonne, parce qu’il n’est pas bien loin du Palais des Nécessités …

Pourquoi faut-il le lire ? A qui s’adresse ce recueil de près de 170 pages ?

Cioran écrivait qu’ « Il ne faut pas s’astreindre à une oeuvre, il faut seulement dire quelque chose qui puisse se murmurer à l’oreille d’un ivrogne ou d’un mourant ». Enivrez-vous disait le poète, alors j’ai écrit pour les amoureux de la vie. Pas les mourants. Ce recueil de nouvelles s’adresse donc aux fous, aux amoureux, aux gourmands, aux sincères et aux généreux, aux jouisseurs, aux sensibles, à ceux qui pleurent, qui crient et qui rient, aux inquiets, aux fragiles à fleur de peau, à ceux qui autorisent et s’autorisent, à ceux dont le coeur bat la chamade et rougissent, de vie, de peur, d’envie, de honte ou de désir, à ceux qui s’embarquent et débarquent, se lâchent et se lèchent, qui débordent, transgressent mais respectent, s’emportent mais donnent, vibrent et tremblent, écoutent et doutent, avancent mais tendent la main, se trompent et recommencent, patouillent et pataugent, effleurent et s’abandonnent, comprennent l’essentiel mais ne le brutalisent pas, mangent avec les doigts, les plongent dans l’assiette de l’autre en révélant la vérité de leur âme, ceux qui entreprennent, se passionnent de tout et surtout de l’Autre, se prennent par la main, s’enlacent sur un banc au bord d’une rivière, s’aiment surtout si c’est interdit, explorent et transmettent, se prélassent et enlacent et peut-être aussi aux saltimbanques comme aux sage-femmes, à la serveuse du bar d’en face comme au pâtissier qui fait l’angle, au cuisinier du dimanche comme au chauffeur de bus que tu as croisé, l’ange qui t’a ébloui de son regard à lui donner le bon dieu sans confession comme le sans-abri dont tu as peur mais qui t’a regardé avec humanité, à ceux qui osent et s’enivrent, à ceux qui ont peur mais le disent, à ceux qui font le premier pas et se lancent A ceux qui achètent mon bouquin, merde quoi.

Et où peut-on se le procurer ?

Là : https://www.amazon.fr/dp/1731188293

Il y aura une suite ? Une V2 ?

Oui oui mon IA avec deep … learning y travaille ! bon mais c’est pas tout ça, mais quand est-ce qu’on … boit un coup ?  

  

 

 

        

Mots-clés: MagRH5, INTERVIEW SCHIZO

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