Tous compétents ?

Les compétences et l’évolution du marché du travail. Le cas de la Roumanie

Les compétences et l’évolution du marché du travail. Le cas de la Roumanie

Par Adriana Record, Directrice exécutive CCIFER

Avec une démographie en baisse et une économie en croissance, la Roumanie doit aujourd’hui relever le défi des ressources humaines et des compétences, pour rester compétitive et performante, dans un contexte ou les entreprises ont une vision globale et les nouvelles technologies deviennent partie intégrante de la chaine de production de valeur. 

Historiquement reconnue pour ses compétentes en ingénierie, en informatique ou en langues étrangères, la Roumanie a attiré depuis ‘89 plus de 75,9 mld EUR d’investissements directs étrangers, essentiellement investis dans la transformation industrielle (32%), les constructions (15%) et les services financiers (12%). Plus de 165 000 entreprises emploient 26% des salaries du pays, le reste travaillant dans les entreprises autochtones ou l’administration. La France est le cinquième investisseur étranger, avec plus de 4,7 mld EUR d’investissement et 2300 entreprises.

Plus de 60% des ces investissements ont été fait autour de Bucarest, suivi par le centre et l’Ouest du pays qui cumulent 17,5%. Cette concentration a comme effet une surchauffe de la demande dans les régions les plus dynamiques, qui se confrontent à un chômage négatif depuis plusieurs années et a une difficulté de trouver suffisamment de compétences adaptées à leur évolution. 

La situation est accentuée par le fait que plus de 3,5 millions de roumains vivement aujourd’hui à l’étranger. 

Quelles options donc pour le milieu économique pour faire face à ce défi ?

Avec un marché interne de 19 millions de consommateurs, le deuxième le plus grand en Europe centrale et Orientale, une croissance d’autour 4% par an et un pouvoir d’achat en hausse, le pays continue à représenter une opportunité pour les années à venir. En même temps, malgré une croissance accélérée du salaire minimum (aujourd’hui environ 400 EUR/ mois), celui-ci reste 3,7 fois inférieur à celui de la France ou l’Allemagne. L’accès aux ressources humaines complète les autres avantages du pays : proximité géographique, facilites linguistiques, infrastructures NTIC de très haut niveau. Les entreprises développement de plus en plus le concept de best cost - sans être le moins cher, le pays propose un rapport qualité/couts parmi les plus intéressants en Europe. 

Autant de raisons pour identifier des solutions permettent de transformer ces opportunités. 

Dans une perspective long terme, les premières compétences attendues par les entreprises en Roumanie sont : les compétences linguistiques, les compétences digitales, apprendre à apprendre, les compétences civiques et sociales et l’esprit entrepreneurial (étude réalisée par la CCIFER en septembre 2018). En d’autres mots, la capacité de se connecter aux autres, d’acquérir de nouvelles compétences et de s’adapter à un environnement changeant sont plus importantes pour la dynamique des entreprises que les compétences techniques. L’enjeu – une collaboration de plus en plus étroite entre le milieu académique et les entreprises pour développer des parcours de formations renversant la hiérarchie des acquis pédagogiques.

Universités, mais également établissements préuniversitaires, sont directement responsables à faire une connexion de plus en plus précoce entre le monde du travail, les options professionnelles de demain et les curricula. Les formations francophones en Roumanie (plus de 100 doubles diplômes ou programmes enseignés partiellement en français) permettent justement de contribuer au développement du multilinguisme. On parle de plus en plus de francophonie utile, comme d’un outil qui permet aux entreprises et aux établissements à travailler ensemble pour renforcer l’employabilité des jeunes. Ces filières d’enseignement supérieur, présentes dans tous les grands centres universitaires du pays et reparties sur presque tous les secteurs (industrie, nouvelles technologies, mais également santé et agriculture), sont alimentées par des dizaines de lycées ou sections bilingues préuniversitaires. 

Pour le court terme, les enjeux visent essentiellement le développement de compétences techniques intermédiaires à travers de formations professionnalisantes au niveau universitaire et surtout préuniversitaire. Le développement de la formation par apprentissage est prioritaire pour les entreprises qui sont directement impliquées dans la création de classes en alternances partout en Roumanie, en partenariat avec les acteurs pédagogiques et les autorités locales, allant de la dotation des laboratoires, réception des stagiaires, formations de professeurs et jusqu’à la revalorisation de la perception de métiers traditionnels par les jeunes et leurs parents. 

Le processus d’aligner les attentes des jeunes avec les programmes académiques et le monde de travail se traduit dans une responsabilité commune. Les acteurs publics doivent fixer des priorités économiques claires et financer correctement le système d’enseignement. Tandis que les universités doivent remettre en question les modèles académiques verticaux et trouver de nouveaux moyens collaboratifs centrés sur le projet de carrière de l’étudiant. Un système d’enseignent flexible apportera des solutions éducationnelles plus appropriées tant pour les individus que pour les institutions et entreprises. 

Au niveau des entreprises, celles-ci doivent contribuer avec des ressources humaines et financières à l’évolution du système éducatif à long terme. En plus, les parents doivent laisser ouvertes les opportunités aux jeunes et à ceux –ci d’avoir une vision critique sur leur parcours académique.

En outre, la relation entre les autorités publiques roumaines et le secteur privé est clé. Dans ce sens, un partenariat plus fort entre les deux parties sera un élément de succès dans les politiques liées au marché du travail. Les investissements dans l’éducation et dans des réformes qui consolident l’efficacité des systèmes d’éducation et de formation peuvent améliorer les compétences de base. 

La Chambre de Commerce, d’Industrie et d’Agriculture Française en Roumanie réunit plus de 550 entreprises et poursuit trois missions : créer des opportunités pour ses membres, représenter la voix de la communauté d’affaires franco-roumaines dans le dialogue public et proposer des services a valeur ajoutée pour le développement des entreprises. Créée il y a 23 ans, la CCIFER a organisé depuis plus de 700 événements, a formé plus de 1000 personnes et a accompagné plus de 1000 projets en Roumanie. 

Avec ses partenaires, l’Ambassade de France et ses services, l’Institut Français de Roumanie, l’Agence Universitaire de la Francophonie, la CCIFER anime un travail de réflexion commune entreprises/ établissement académiques pour adapter les compétences et augmenter l’employabilité des jeunes.

Autres informations 

  • www.ccifer.ro
  • https://www.ccifer.ro/publications/presence-francaise.html

  

 

 

        

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Compétences : I have a dream ...

Compétences : I have a dream ...

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Pour commencer, pouvez-vous présenter Publicis Média en quelques mots ?

Publicis Media est l’une des 4 entités du Groupe Publicis (avec Publicis Communications, Publicis Sapient et Publicis Health). C’est la première force d’achat media au monde, avec une solide expertise des stratégies de marques, qui s’appuie sur une excellente connaissance des consommateurs grâce à nos équipes Data Sciences. C’est ce qui nous rend légitimes pour accompagner la transformation marketing de nos clients. Nous comptons plus de 22000 collaborateurs dans le monde qui opèrent dans 100 pays au travers de cinq marques (Starcom, Zenith, Spark Foundry, Performics, Blue 449…).

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Et si les compétences entrepreneuriales construisaient une nouvelle employabilité ?

Et si les compétences entrepreneuriales construisaient une nouvelle employabilité ?

Sylvie Merran Ifrah, We Are Blue Moon. Spécialiste dans l’accompagnement du rebond entrepreneurial, Sylvie a passé plus de 15 ans dans le marketing et la communication, exercées aussi bien pour des grands groupes (Lafarge, CarteBleue Visa, DuPont de Nemours, Natixis, Ayming), que pour de petites structures innovantes dans différents secteurs. Elle s’appuie sur les outils de l’Intelligence Projective pour la conduite du changement et du Marketing pour la conception et le déploiement de plans d’actions pragmatiques.

L’entrepreneuriat revêt de nombreuses réalités : freelance, autoentrepreneur, entreprise individuelle mais aussi associés, dirigeants de startup innovantes, créateur d’entreprise de services… Et mobilisent de nombreuses aptitudes du fait de ces différences. Si Etre entrepreneur représente plutôt dans l’imaginaire collectif et professionnel un ensemble d’aptitudes, on ne naît pas seulement entrepreneur, on le devient grâce à un ensemble de compétences, « pas si soft que cela », des compétences plutôt techniques et éprouvées qui sont aujourd’hui organisées en référentiels et sont enseignées dans des cursus spécialisés. Pourtant, l’entrepreneur en France n’est pas aussi facilement accepté dans l’entreprise s’il voulait redevenir salarié, alors qu’aux Etats-Unis, on assiste à une survalorisation de son parcours. Comme aux Etats Unis, le salariat pourrait devenir un rebond possible pour l’entrepreneur en France, car après avoir dépassé craintes et fantasmes, il est temps d’envisager les compétences entrepreneuriales comme un socle fondateur d’une nouvelle employabilité. 

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Nous savons quels sont les blocs de compétences qui seront nécessaires

Nous savons quels sont les blocs de compétences qui seront nécessaires

Madame, faut-il vous appeler DRH de la Conformité ou DRH Compliance  ?

En France, nous pourrions dire Conformité, mais en tenant compte du fait que notre effectif de 4200 personnes est réparti sur 80 pays, il est justifié de parler de Compliance. 

Entrons, si vous le voulez bien, dans le vif du sujet : votre secteur d’activité est-il sujet à des évolutions qui peuvent faire évoluer à terme, les compétences de vos collaboratrices et collaborateurs  ?

Plus que jamais. On peut commencer par les évolutions d’environnement sociétal : la prise de conscience des enjeux de sécurité financière, notamment, le blanchiment, la part croissante de l’éthique dans les cadres réglementaires et législatifs, toutes ces évolutions nécessitent des analyses de fond et des mutations de nos propres façons de travailler. 

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La compétence, faut-il raison garder ?

Par Élisabeth Provost, Vanhecke Consultante formatrice auteure

Encore aujourd’hui, de multiples débats et opinions surgissent à propos d’une notion érigée en phénomène, « la compétence » ; comme si c’était nouveau… La compétence aurait-elle simplement été emprisonnée dans des concepts que nous aurions nous-mêmes fermés : le métier, la capacité ou l’aptitude ? Ou les raisons de l’instant auraient-elles  fait oublier les réalités d’un demain déjà dépassé ?

La compétence malade de « pyrrhonisme »1

Quelle est donc cette chose étrange qu’on ne peut définir sans l’obscurcir ? Cette pluralité de définitions et de points de vue qui ne sont en mesure de s’accorder que par le sens quand ils demeurent otages des dogmes et des certitudes que créent le besoin économique et la grande peur d’un lendemain tout numérique ?

La sagesse que l’on accordât aux empereurs de l’ancienne dynastie Ming fut celle de la non-action. Ils avaient compris que les choses évoluaient sans eux et surtout que ces évolutions ne pouvaient exister que s’ils créaient les conditions d’une grande vacuité, un vide d’action générateur de vie. Mis en perspective, qu’adviendrait-il de l’actuel brouillage d’idées et de déclarations à propos de la compétence ?

Sur le plan de son origine, nous sommes tous de possibles géniteurs contributifs à ses multiples naissances qui ont maillé notre histoire économique et sociale. Les doctrines et les déclarations à propos des compétences, celles des universitaires, des consultants ou des organismes répertoriés pour l’étudier ont été plus prolixes que celles des acteurs qui se « contentaient » de l’utiliser pour faire face à leurs besoins.

La notion de compétence évolue et interroge toujours. Dans les années 1980, afin de répondre à l’évolution des postes, la fonction publique territoriale s’en est emparée. Lors des journées internationales de la formation en 1998, le Medef l’a posée comme accompagnant nécessairement le projet d’entreprise. Dernièrement, le rapport 2018-2019 de l’Apec l’installe sur le plan de l’évolution des métiers et des nouvelles formes d’emploi. Et la commission prospective de France Stratégies réfléchit à sa saisine par les entreprises.

Le paradoxe symbolique de la compétence

Cependant, de cette grande diversité d’opinions et de déclarations à propos de la compétence, une alliance entre les acteurs se dégage. Celle d’une conformité dans son application dont il est tiré une puissante conjecture, une conformité d’idée : répondre à l’urgence économique car numérique. Comme si nous étions innocents des impacts d’un processus d’accélération du traitement des données que nous aurions nous-mêmes contribué à créer…

En fait, à quoi servirait de discourir sur des compétences chamboulées par un système économique qui s’est ouvert grâce au partage et aux nouveaux modes de traitement des informations ? A cause (grâce ?) aux disruptions des applications numériques, Uber, Airbnb et autres déstructurations des entreprises de services et de production ? Quand certains d’entre nous ont construit ou ont volontairement emprunté ce chemin ; quand d’autres l’ont désiré, parfois rêvé ; quand certains l’ont ignoré et d’autres encore l’ont subi.

Dans cette pseudo-crise d’adaptation de la « ressource-compétence2 » à la demande économique d’ajustement des entreprises à leurs besoins, notre responsabilité collective est engagée, que l’on soit proactif, acteur ou passif. Ne rien faire est aussi une prise de position.

La compétence, une non-réponse à la crise des temporalités

Répondre à une immédiateté sans en avoir envisagé les conséquences ; sans avoir douté de ses implications ; sans s’être assuré de possibles scénarios alternatifs ; ou s’être soumis à ce que l’on pense ne plus être capable d’éviter… est-ce raisonnable ?

S’il existait une caractéristique dans nos comportements, ce pourrait être la suivante : l’impuissance à prouver que la réalité choisie pour la compétence est bien celle-là et pas une autre. À ce jour, cette réalité non raisonnée a ignoré les symptômes portant rupture des formes économiques en vigueur, bien protégés que nous pensions être dans nos systèmes autocentrés, entreprises ou institutions.

Pourtant, les nuages de la bifurcation étaient bien là ; certains s’en sont même approprié le nom à d’autres fins, le « cloud »…

Alors se questionner à propos des compétences ne conduirait-il pas à regarder l’horizon par le petit bout de la lorgnette ? La source du paradigme d’aujourd’hui ne jaillirait-elle pas plutôt au-delà des montagnes de l’évidence ambiante ?

La compétence entre liberté et menaces…

Demain s’est déjà installé ; il suffit d’aller à sa rencontre dans les nombreux salons et colloques factuels et virtuelles portant les initiatives numériques. Dans cette course effrénée au progrès, quel est le devenir de l’instant ? Alors que le cerveau ne fait pas la différence entre le réalisé et le pensé, pour lui les deux moments sont également vécus ; et si nous bifurquions pour un autre espace, intemporel celui-là, tant qu’il peut exister, un système dont l’humain serait LA finalité ?

Les menaces sont bien là. Dans un univers dont la longévité est aujourd’hui mesurée, quelle est la place de la compétence dans notre survie à terme ? 

Epictète3 déclarait : « Haussez la tête, hommes4 libres ! » Le sommes-nous encore ?


1   Le pyrrhonisme est un courant de pensée rattaché à Pyrrhon d’Elis, philosophe grec (- 365/-275 avant JC). Bien que Pyrrhon n’ait rien écrit, comme Socrate le philosophe, sa vie est un modèle pour ses contemporains. Sa doctrine, rapportée par son disciple Aristolis, peut se définir comme un indifférentisme généralisé : “Nos sensations et nos opinions ne sont ni vraies ni fausses”. Cette attitude d’indifférence seule peut conduire, selon Pyrrhon, à l’ataraxie (la paix de l’âme). Le but de Pyrrhon, comme les stoïciens, est de soustraire l’homme au malheur, qui résulte selon lui de l’attachement aux réalités temporelles. Ce non-malheur est, pour le sage, le bonheur. Le pyrrhonisme influencera grandement le scepticisme.

2   Dixit Guy Leboterf

3   Epictète est l’un des plus célèbres philosophes stoïciens. Sa réflexion porte essentiellement sur la sagesse et la recherche du bonheur. Sa philosophie est fondamentalement minimaliste, puisqu’elle consiste à éviter le malheur, en guise de but de la vie, plutôt qu’une recherche proprement dite du bonheur. Son œuvre la plus célèbre est le Manuel

4   Comprendre en  2019, « hommes et femmes libres » !

Mots-clés: COMPETENCES, MagRH8

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