Pour une meilleure qualité de vie au travail ...

Trop de QVT tue la performance !

Trop de QVT tue la performance !

Denis MONNEUSE, Enseignant-chercheur, directeur du cabinet de conseil « Poil à Gratter »

Donald Trump n’a pas le monopole des fake news. Et Facebook n’est pas le seul vecteur mêlant allégrement information et désinformation. LinkedIn et bien d’autres médias spécialisés en management et en ressources humaines sont infestés par des coachs, consultants et autres penseurs en tout genre qui ont un mot à dire sur tout en général et sur la qualité de vie au travail (QVT) en particulier. C’est ainsi que se répandent sur ce sujet des opinions et des croyances, peut être vraies, peut être fausses, mais nullement vérifiées empiriquement ni évaluées scientifiquement, pourtant présentées avec aplomb comme des vérités révélées.

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Enquete de climat social attention aux démarches bidon MAGRH

Enquete de climat social attention aux démarches bidon MAGRH

Par Hubert LANDIER, Vice président de l’IAS (Institut International de l'Audit Social)

Le « bonheur au travail », la qualité de vie, le bien-être et l’engagement des salariés font l’objet d’un nombre croissant de « baromètres » de toutes sortes, parfois affublés de noms racoleurs et dont la présentation, accessible sur Internet, abonde en « smiles ».

Certaines de ces propositions manquent d’autant plus de sérieux qu’elles s’affichent comme étant significatives d’un management novateur. Elles se limitent souvent à une simple enquête par questionnaire, adressé aux salariés sur un support informatique, parfois réalisée dans des conditions douteuses, mais auréolée de la vogue des big data et agrémentée d’une présentation attrayante. C’est la raison pour laquelle l’IAS (Institut international de l’audit social) a élaboré une charte méthodologique et déontologique des enquêtes de climat social à l’intention tant des prestataires que de leurs clients. Il s’agit en effet de les mettre en garde contre des pratiques douteuses, à la fois dépourvues de toute valeur prédictive et réalisées dans des conditions éthiques problématiques. En effet, certaines de ces enquêtes répondent uniquement à une volonté d’affichage, à usage à la fois interne (il s’agit alors de valider la politique sociale de la Direction) et externe (il s’agit alors de renforcer la « marque employeur »).

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Eloge du mal-être ?

Eloge du mal-être ?

Par Christophe VIGNON,

Ce titre est provocateur. Mon propos ne consiste pas à dire qu’il faut rendre les gens malheureux au travail. Il me semble toutefois illusoire de vouloir rendre les gens heureux à leur insu, 1984 nous guette. C’est le risque que nous courons en GRH à vouloir processer la quête du bien-être. Les personnes avec qui Agnès Vandevelde Rougale (2017) a travaillé, tant en Irlande qu’en France, semblaient souffrir davantage après être entrées dans le processus de gestion du harcèlement, que du seul fait d’avoir été harcelées. En ce sens, les normalisations langagières obèrent la possibilité de subjectivation par les membres des organisations, notamment lorsqu’ils sont en souffrance.

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Et le sport dans tout cela ?

Et le sport dans tout cela ?

Par Bruno MILLION-BRODAZ, Associé Consulting 4 change et Sébastien BEQUART, GYMLIB

Sébastien Bequart est l’un des co-fondateurs de Gymlib. Formé en école de commerce, et après plusieurs années passées en tant qu’auditeur chez Deloitte, Sébastien Bequart dresse avec son collègue de l’époque Mohamed Tazi le même constat : le quotidien rend complexe la pratique d’une activité sportive régulière. En 2013, ils décident de créer Gymlib. 

En quoi la pratique sportive en entreprise peut avoir un impact positif sur la qualité de vie au travail  ?

Le sport c’est l’école de la vie dit Aimé Jacquet. La pratique sportive en entreprise facilite les interactions et permet un juste équilibre vie personnelle / vie professionnelle. C’est un puissant ciment qui crée du lien et décloisonne les organisations en mélangeant générations, hiérarchies et services.

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Les aménagements de travail, élément clé de la QVT

Par Sylvie LÉGUÉ, Ergonome

De nombreuses entreprises du tertiaire s’engagent dans des projets de déménagement et /ou de réaménagement des environnements de travail. L’objectif poursuivi est la recherche d’économie, et l’évolution du prix du m² dans les grandes villes risque de conduire encore, et encore d’autres entreprises à choisir cette option pour limiter ses charges fixes.

Ces projets sont le plus souvent présentés aux salariés comme visant l’amélioration des collaborations et coopérations, l’ouverture et la convivialité, une plus grande attractivité pour les jeunes générations …. De tels projets peuvent être de véritables opportunités de repenser la distribution des services selon les interactions, de moderniser et de réaménager des espaces avec des matériaux et matériels plus performants, plus adaptés à nos modes actuels de travail. Mais attention, ils peuvent aussi avoir des conséquences néfastes sur les conditions de travail, sur le collectif des salariés et par conséquent sur la performance. 

En effet, les missions que l’on nous confie nous permettent de faire un certain nombre de constats qui malheureusement vont à l’encontre de l’amélioration des conditions de travail et de cette fameuse qualité de vie au travail !

Le premier d’entre eux est que bien souvent, ces projets sont confiés à des personnes qui se focalisent sur les aspects matériels et pensent les aménagements de façon « standard » sans que la réalité de l’activité des métiers de l’entreprise ne soit prise en compte. D’une entreprise à l’autre, et quels que soient les métiers, les projets se ressemblent, on y retrouve les mêmes principes :

  • Retrait des cloisons
  • Fin du bureau individuel pour les managers
  • Les espaces sont pensés selon différents temps d’activité (échanger, collaborer -écrire, réfléchir -téléphoner, s’isoler -se détendre…)
  • Parfois introduction du flex office pour certaines équipes voire pour toute l’entreprise

Ainsi les espaces sont souvent largement ouverts sur les circulations, les salariés sont censés produire à leur poste de travail et quitter leur espace pour téléphoner, pour se réunir ou prendre une pause. Les activités de travail ne se déroulent plus dans un même espace, elles sont séquencées selon leur nature dans différents espaces. Dans la réalité, selon le métier, ces conditions peuvent augmenter significativement le niveau de contrainte. Par exemple, un ingénieur qui réalise ses calculs ou ses modèles sur un ordinateur doté d’une tour, ne va pas pouvoir se retirer dans une salle de réunion avec son ordinateur pour échanger avec ses collègues sur un problème qui nécessite de partager ce qui se passe à l’écran. Si la spécificité de l’activité de cet ingénieur n’a pas été prise en compte dans la réflexion sur les aménagements, le salarié va perturber l’activité des collègues en proximité ou réduire les possibilités de collaboration spontanée avec d’autres.  Les moyens mis à disposition des salariés vont également avoir un effet sur l’utilisation des différents espaces : le nombre de salles de retrait pour téléphoner ou réaliser un travail exigeant de la concentration, le matériel numérique (chaque salarié dispose-t-il d’un ordinateur portable lui permettant de naviguer dans les différents espaces proposés, les salles sont-elles toutes équipées d’une connectique qui permet de se raccorder facilement à un écran, du matériel pour une conférence téléphonique à plusieurs ?). Le retrait dans un espace pour téléphoner suppose que les salariés disposent des technologies adaptées qui permettent, quand la conversation doit se prolonger, de quitter sa table de travail pour rejoindre un espace où s’isoler sans interrompre la conversation avec son interlocuteur.  Ce qui parait être une évidence est loin de l’être, nous avons vu certains projets prendre forme sans qu’une réflexion sur la mutation digitale/numérique de l’entreprise ne soit engagée. Là encore, c’est en analysant l’activité de travail que le travail réel et ces besoins sont identifiés.

La collaboration, annoncée comme favorisée, n’est pas toujours au rendez-vous. Elle dépend notamment de la densité des espaces : les échanges inter personnels dans un espace où il y a un salarié pour 5 ou 6 m² ne s’engagent pas de la même façon et n’ont pas le même effet sur le collectif que si chaque salarié dispose du double de m². Il est en effet plus facile d’échanger avec ses collègues si l’on voit qu’on ne dérange pas les autres situés en proximité. 

Nous voyons parfois des plateaux devenus silencieux concomitamment à l’ouverture des espaces : quid des échanges et des collaborations ? Les salariés expliquent que par respect pour la concentration de leurs collègues et parce que la densité est trop importante, ils ne se parlent plus et choisissent d’échanger par mail ou par chat. Nous le constatons, la promesse de collaboration, de transfert de compétences facilités par la proximité ne peut être tenue si les espaces ne sont pas pensés selon l’activité des métiers. C’est là que l’ergonome peut aider le chef de projet et/ou l’aménageur, dans sa compréhension des particularités de l’activité des métiers de l’entreprise, en réalisant des analyses de ces activités, en observant les modes de travail, de collaboration, les différents temps de l’activité… Les analyses doivent intervenir en amont afin qu’elles soient intégrées dans le projet dès sa conception. Bien souvent ce sont les informations-consultations du CHSCT sur le projet, déjà bien engagé, qui vont permettre de soulever les points critiques bien connus des représentants du personnel et totalement ignorés par les porteurs du projet. 

La question du bruit est omniprésente dans ces aménagements d’espaces ouverts. Le bruit est générateur de fatigue, il déconcentre, interrompt l’activité. Dans les métiers où la réflexion, le raisonnement représentent une part importante de l’activité, chaque interruption correspond à une perte de productivité puisqu’il faudrait une quinzaine de minutes à l’humain pour se reconcentrer sur un sujet. Force est de constater que dans nombre de projets, le travail sur l’acoustique des lieux est sacrifié parce qu’il coûte cher et que le maître d’ouvrage n’est pas toujours sensible aux arguments du coût indirect du bruit sur la santé et la performance des salariés. Les portes des bureaux ayant disparu, les salariés cherchent à s’isoler du bruit et on voit de plus en plus de personnes équipées de casques à leur poste de travail. Certains diffusent de la musique, d’autres cherchent juste à s’isoler du bruit ambiant et à adresser aux collègues un message d’indisponibilité à l’échange ou d’interruption.  Les espaces détentes, café, pause casse-croûte, doivent eux aussi être pensés de sorte qu’ils soient utilisés et implantés de façon à ne pas gêner les personnes qui travaillent à proximité. Tout cela relève du bon sens, cependant nous alertons régulièrement les entreprises dont le projet d’aménagement prévoit des espaces café ouverts sur les espaces de travail, ou disposés de telle sorte que personne ne s’y rendra jamais.

Quant au flex office, d’autres que nous ont déjà écrit sur l’impact que cela pouvait avoir sur les salariés et leurs conditions de travail. Précisons seulement que le taux d’occupation des locaux qui justifierait de proposer moins de postes de travail que de salariés met une fois de plus de côté l’activité réelle de travail.  Comment collaborer quand les collègues s’éparpillent dans un étage ou une partie d’étage en fonction des places disponibles et que l’on se retrouve chaque jour au côté d’une personne différente avec laquelle on ne partage aucune activité ?  

Des politiques de développement du télétravail accompagnent ces projets et permettent aux salariés d’éprouver moins de fatigue liée aux transports et de grouper sur ces temps les activités qui demandent le plus de concentration. Mais là encore, certains métiers ne sont pas compatibles avec un télétravail régulier et le dispositif proposé doit proposer une certaine souplesse permettant par exemple de choisir son jour de télétravail en fonction de l’activité plutôt qu’en jour fixe. Les plus jeunes qui seraient séduits par ces nouveaux espaces - ce serait à démontrer, car ceux que nous rencontrons sont loin d’être si enthousiastes qu’on veut bien le dire - ne disposent pas toujours des conditions propices au télétravail (logement, autonomie…) et s’excluent de fait du dispositif. 

Solliciter un ergonome en amont de son projet d’aménagement des espaces de travail permet d’apporter la connaissance de l’activité réelle des différents métiers de l’entreprise et de concevoir un projet qui n’altère pas les conditions de travail et contribue à la qualité de vie au travail des salariés.

  

 

 

        

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