Pour une meilleure qualité de vie au travail ...

QVT, cette belle mystérieuse

QVT, cette belle mystérieuse

Par Marc Veyron & Philippe Cafiero

La QVT s’est installée progressivement dans l’agenda du DRH. C’est un sujet de négociation mais aussi d’attractivité et fidélisation. Comment ce thème s’est-il imposé et quelle place a-t-il ?

En juin 2013, il y a presque 6 ans, les partenaires sociaux signaient un accord national interprofessionnel sur la QVT et l’égalité professionnelle. Son titre « Vers une politique d’amélioration de la qualité de vie au travail et de l’égalité professionnelle », montrait la volonté d’enclencher une dynamique, plus que de fixer des nouvelles normes ou obligations. Cet accord avait une durée de 3 ans, il n’a pas fait l’objet d’une reconduction ni d’un bilan par les signataires. Il a donc juridiquement cessé de produire ses effets. Est-ce à dire que cela a été inutile ?

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QVT : De l‘obligation juridique à l’envie et la liberté de négocier

QVT : De l‘obligation juridique à l’envie et la liberté de négocier

Par Olivia BULCKE et Thierry DOUTRIAUX, avocats, associés cabinet Solucial 

Selon le sociologue et philosophe allemand Harmut Rosa, notre monde contemporain vit une accélération sociale qui impacte : 

  • Les techniques : déplacements et communications toujours plus rapides (« rétrécissement de l’espace »),
  • Les changements sociaux : des habitudes et des modes (« rétrécissement du présent ») ;
  • Le rythme de nos vies : impression permanente de manque de temps.

Les entreprises et leurs collaborateurs sont immergés dans cette accélération créant du « stress temporel ». Le basculement de la « main d’œuvre » de l’industrie vers les « têtes d’œuvre » du tertiaire le rend encore plus sensible. 

Comme en écho pour remédier à ce stress général, le législateur et les partenaires sociaux ont lancé la Qualité de Vie au Travail, non pas comme mode mais comme un sujet de progrès, à la fois délicat et permanent.

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La prévention cardio-vasculaire au coeur de l'entreprise

La prévention cardio-vasculaire au coeur de l'entreprise

Professeur Bernard PIERRE, Cardiologue Faculté de médecine Lyon-Sud / Charles Mérieux

En France, la mortalité de cause cardiovasculaire (CV) a été réduite de façon spectaculaire lors des dernières décennies (de l’ordre de 50 %). De ce fait, depuis 2004, chez l’homme (mais non pas encore chez la femme), la mortalité par maladies cardiovasculaires est passée au second rang derrière celle liée aux maladies cancéreuses. Les études nous montrent que cette baisse de mortalité CV est bien sûr le fait d’une prise en charge de plus en plus performante des maladies CV une fois constituées mais, plus encore, d’une meilleure prévention de celles-ci.

Cependant, il reste beaucoup à faire ! En effet si l’espérance de vie moyenne en France à la naissance est parmi les plus hautes du monde (79,5 ans pour l’homme, 85,3 pour la femme), l’espérance de vie en bonne santé (63 ans pour l’homme, 65 pour la femme) est notoirement moins bonne que dans de nombreux pays européens (chiffres  2018). Les experts considèrent que cela est le fait d’une médecine française essentiellement curative et trop peu axée sur la prévention.

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Gérer la mobilité de l'entreprise

Gérer la mobilité de l'entreprise

Bruno Adeline Bruno Adeline crée JobiLX fin 2015 avec deux associés aux compétences techniques et marketing pour développer la plateforme de réduction des trajets domicile-travail par l’échange d’emplois. Ingénieur ESME,il a eu un parcours d’ingénieur d’Etudes dans l’ingénierie (SPIE / SGN) puis dans l’informatique (3M,Oracle). Depuis 20 ans il s’est consacré à sa sociéte dédiée au conseil en recrutement technique .

Les entreprises intègrent de  plus en plus  l’expérience  « globale »  du collaborateur  dans son  parcours de vie professionnelle et privée, pour privilégier des solutions de mobilité, de confort, de motivation, de formation de plus en plus individualisées.  La digitalisation des données offre l’opportunité de pouvoir le faire plus simplement et sans doute de manière plus « holistique » ; 

Mobilité professionnelle et mobilité géographique se confondent, l’une potentiellement au service de l’autre et réciproquement, le tout pour l’épanouissement du collaborateur et sa fidélisation à l’entreprise.

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Les aménagements de travail, élément clé de la QVT

Par Sylvie LÉGUÉ, Ergonome

De nombreuses entreprises du tertiaire s’engagent dans des projets de déménagement et /ou de réaménagement des environnements de travail. L’objectif poursuivi est la recherche d’économie, et l’évolution du prix du m² dans les grandes villes risque de conduire encore, et encore d’autres entreprises à choisir cette option pour limiter ses charges fixes.

Ces projets sont le plus souvent présentés aux salariés comme visant l’amélioration des collaborations et coopérations, l’ouverture et la convivialité, une plus grande attractivité pour les jeunes générations …. De tels projets peuvent être de véritables opportunités de repenser la distribution des services selon les interactions, de moderniser et de réaménager des espaces avec des matériaux et matériels plus performants, plus adaptés à nos modes actuels de travail. Mais attention, ils peuvent aussi avoir des conséquences néfastes sur les conditions de travail, sur le collectif des salariés et par conséquent sur la performance. 

En effet, les missions que l’on nous confie nous permettent de faire un certain nombre de constats qui malheureusement vont à l’encontre de l’amélioration des conditions de travail et de cette fameuse qualité de vie au travail !

Le premier d’entre eux est que bien souvent, ces projets sont confiés à des personnes qui se focalisent sur les aspects matériels et pensent les aménagements de façon « standard » sans que la réalité de l’activité des métiers de l’entreprise ne soit prise en compte. D’une entreprise à l’autre, et quels que soient les métiers, les projets se ressemblent, on y retrouve les mêmes principes :

  • Retrait des cloisons
  • Fin du bureau individuel pour les managers
  • Les espaces sont pensés selon différents temps d’activité (échanger, collaborer -écrire, réfléchir -téléphoner, s’isoler -se détendre…)
  • Parfois introduction du flex office pour certaines équipes voire pour toute l’entreprise

Ainsi les espaces sont souvent largement ouverts sur les circulations, les salariés sont censés produire à leur poste de travail et quitter leur espace pour téléphoner, pour se réunir ou prendre une pause. Les activités de travail ne se déroulent plus dans un même espace, elles sont séquencées selon leur nature dans différents espaces. Dans la réalité, selon le métier, ces conditions peuvent augmenter significativement le niveau de contrainte. Par exemple, un ingénieur qui réalise ses calculs ou ses modèles sur un ordinateur doté d’une tour, ne va pas pouvoir se retirer dans une salle de réunion avec son ordinateur pour échanger avec ses collègues sur un problème qui nécessite de partager ce qui se passe à l’écran. Si la spécificité de l’activité de cet ingénieur n’a pas été prise en compte dans la réflexion sur les aménagements, le salarié va perturber l’activité des collègues en proximité ou réduire les possibilités de collaboration spontanée avec d’autres.  Les moyens mis à disposition des salariés vont également avoir un effet sur l’utilisation des différents espaces : le nombre de salles de retrait pour téléphoner ou réaliser un travail exigeant de la concentration, le matériel numérique (chaque salarié dispose-t-il d’un ordinateur portable lui permettant de naviguer dans les différents espaces proposés, les salles sont-elles toutes équipées d’une connectique qui permet de se raccorder facilement à un écran, du matériel pour une conférence téléphonique à plusieurs ?). Le retrait dans un espace pour téléphoner suppose que les salariés disposent des technologies adaptées qui permettent, quand la conversation doit se prolonger, de quitter sa table de travail pour rejoindre un espace où s’isoler sans interrompre la conversation avec son interlocuteur.  Ce qui parait être une évidence est loin de l’être, nous avons vu certains projets prendre forme sans qu’une réflexion sur la mutation digitale/numérique de l’entreprise ne soit engagée. Là encore, c’est en analysant l’activité de travail que le travail réel et ces besoins sont identifiés.

La collaboration, annoncée comme favorisée, n’est pas toujours au rendez-vous. Elle dépend notamment de la densité des espaces : les échanges inter personnels dans un espace où il y a un salarié pour 5 ou 6 m² ne s’engagent pas de la même façon et n’ont pas le même effet sur le collectif que si chaque salarié dispose du double de m². Il est en effet plus facile d’échanger avec ses collègues si l’on voit qu’on ne dérange pas les autres situés en proximité. 

Nous voyons parfois des plateaux devenus silencieux concomitamment à l’ouverture des espaces : quid des échanges et des collaborations ? Les salariés expliquent que par respect pour la concentration de leurs collègues et parce que la densité est trop importante, ils ne se parlent plus et choisissent d’échanger par mail ou par chat. Nous le constatons, la promesse de collaboration, de transfert de compétences facilités par la proximité ne peut être tenue si les espaces ne sont pas pensés selon l’activité des métiers. C’est là que l’ergonome peut aider le chef de projet et/ou l’aménageur, dans sa compréhension des particularités de l’activité des métiers de l’entreprise, en réalisant des analyses de ces activités, en observant les modes de travail, de collaboration, les différents temps de l’activité… Les analyses doivent intervenir en amont afin qu’elles soient intégrées dans le projet dès sa conception. Bien souvent ce sont les informations-consultations du CHSCT sur le projet, déjà bien engagé, qui vont permettre de soulever les points critiques bien connus des représentants du personnel et totalement ignorés par les porteurs du projet. 

La question du bruit est omniprésente dans ces aménagements d’espaces ouverts. Le bruit est générateur de fatigue, il déconcentre, interrompt l’activité. Dans les métiers où la réflexion, le raisonnement représentent une part importante de l’activité, chaque interruption correspond à une perte de productivité puisqu’il faudrait une quinzaine de minutes à l’humain pour se reconcentrer sur un sujet. Force est de constater que dans nombre de projets, le travail sur l’acoustique des lieux est sacrifié parce qu’il coûte cher et que le maître d’ouvrage n’est pas toujours sensible aux arguments du coût indirect du bruit sur la santé et la performance des salariés. Les portes des bureaux ayant disparu, les salariés cherchent à s’isoler du bruit et on voit de plus en plus de personnes équipées de casques à leur poste de travail. Certains diffusent de la musique, d’autres cherchent juste à s’isoler du bruit ambiant et à adresser aux collègues un message d’indisponibilité à l’échange ou d’interruption.  Les espaces détentes, café, pause casse-croûte, doivent eux aussi être pensés de sorte qu’ils soient utilisés et implantés de façon à ne pas gêner les personnes qui travaillent à proximité. Tout cela relève du bon sens, cependant nous alertons régulièrement les entreprises dont le projet d’aménagement prévoit des espaces café ouverts sur les espaces de travail, ou disposés de telle sorte que personne ne s’y rendra jamais.

Quant au flex office, d’autres que nous ont déjà écrit sur l’impact que cela pouvait avoir sur les salariés et leurs conditions de travail. Précisons seulement que le taux d’occupation des locaux qui justifierait de proposer moins de postes de travail que de salariés met une fois de plus de côté l’activité réelle de travail.  Comment collaborer quand les collègues s’éparpillent dans un étage ou une partie d’étage en fonction des places disponibles et que l’on se retrouve chaque jour au côté d’une personne différente avec laquelle on ne partage aucune activité ?  

Des politiques de développement du télétravail accompagnent ces projets et permettent aux salariés d’éprouver moins de fatigue liée aux transports et de grouper sur ces temps les activités qui demandent le plus de concentration. Mais là encore, certains métiers ne sont pas compatibles avec un télétravail régulier et le dispositif proposé doit proposer une certaine souplesse permettant par exemple de choisir son jour de télétravail en fonction de l’activité plutôt qu’en jour fixe. Les plus jeunes qui seraient séduits par ces nouveaux espaces - ce serait à démontrer, car ceux que nous rencontrons sont loin d’être si enthousiastes qu’on veut bien le dire - ne disposent pas toujours des conditions propices au télétravail (logement, autonomie…) et s’excluent de fait du dispositif. 

Solliciter un ergonome en amont de son projet d’aménagement des espaces de travail permet d’apporter la connaissance de l’activité réelle des différents métiers de l’entreprise et de concevoir un projet qui n’altère pas les conditions de travail et contribue à la qualité de vie au travail des salariés.

 

 

  

 

 

        

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