Pour aller plus loin avec la prospective ...

RSE et compétences : Lame de fond ou écume de mer ?

RSE et compétences : Lame de fond ou écume de mer ?

Par Elisabeth Provost Vanhecke

Pour certaines entités, satisfaire aux principes systémiques de la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) ne signifie pas pour autant prendre en compte la « pratique » individuelle dans la construction de la compétence, ni les circonstances dans lesquelles elle s’est fabriquée. Ces entreprises oublient que si l’environnement de la personne ne lui est pas favorable, celle-ci peut se retrouver de facto en situation d’incompétence. Dans ces circonstances, quel est le lien avec la « compétence artefact » du référentiel de compétences, qui fait l’impasse sur les conditions subjectives de son émergence ?

Lire la suite

Les compétences du 21 ème siècle

Les compétences du 21 ème siècle

Régulièrement nous demandons à l'auteur d'un ouvrage récent de se livrer à l'exercice de l'auto-interview. Exercice auquel c'est plié Jeremy Lamri pour son ouvrage sur les compétences du 21ème siècle... 

Jeremy : Tout d’abord, ne trouvez-vous pas le terme « Compétences du 21ème Siècle » un peu racoleur ?

Jeremy : De toute évidence bien sûr que oui. En revanche je considère qu’il est approprié au sujet, et permet de comprendre explicitement l’enjeu abordé. Et surtout, c’est le terme consacré par les plus grandes institutions dans le monde. Plus exactement, c’est une traduction de « 21st Century Skills ». On retrouve ce terme dans des mémos datant de 1998 chez Microsoft, IBM et Cisco notamment. Ces géants de la technologie avaient à l’époque créé une initiative commune pour travailler sur les compétences nécessaires dans le monde du travail, une fois que leurs technologies seraient installées un peu partout. L’explosion de la bulle Internet a quelque peu stoppé ces bonnes volontés. L’OCDE utilise ce terme depuis plus de 10 ans, le World Economic Forum depuis 2016, et il existe des modèles de ces compétences créés par de nombreuses organisations spécialisées.

Lire la suite

La RSE : cerise sur le gâteau ou charrue avant les bœufs ?

La RSE : cerise sur le gâteau ou charrue avant les bœufs ?

Denis Monneuse, Enseignant-chercheur, directeur du cabinet de conseil « Poil à Gratter 

Les réunions de travail, c’est comme les relations sexuelles : on s’en souvient rarement en détail quelques jours après, mais celles dont on se souvient restent en revanche gravées dans notre mémoire à jamais.

Parmi celles dont je me souviens (les réunions de travail, pas les relations sexuelles !), il y a les cinq suivantes que je voudrais partager avec vous car elles ont contribué à forger mon regard sur la RSE. En deux mots : la RSE devrait être la cerise sur le gâteau, la nouvelle lubie d’une entreprise une fois qu’elle fonctionne parfaitement. Or l’expérience montre que les organisations mettent la charrue avant les bœufs : elles se délectent de responsabilité sociale, voire sociétale, alors qu’elles parviennent à peine à respecter les lois.

Lire la suite

La longue marche du DRH vers la RSE

La longue marche du DRH vers la RSE

Par Didier Rembert  DGRH de transition

Tôt ou tard votre directeur général lancera en comité de direction : « faut qu’on se mette à la RSE, tous nos clients en parlent, qui veut s’occuper de ça ? » Tout le monde se regardera, le directeur achat lancera telle une incantation, « moi, j’achète du papier recyclé, en plus c’est moins cher », le directeur financier ajoutera, « attention, on n’embauche pas de responsable RSE, ce n’est pas au budget », et le directeur commercial conclura « c’est sur que c’est important, nous on ne sait plus quoi dire au client quand il nous en parle ».

Lire la suite

Les collaborateurs au cœur de chaque « raison d’être » !

Par Sylvain Reymond, Directeur Général de Pro Bono Lab

L’adoption de la loi Pacte permettait, en mai 2019, de fixer la nouvelle vocation sociale et environnementale de l’entreprise, l’encourageant à raisonner bien au-delà de ses seules performances économiques. Elle fixait la vision d’une économie plus vertueuse, plus solidaire, plus durable et venait donner un cadre à une tendance de fond impulsée par quelques dirigeants pionniers. Plus globalement, cette loi permettait d’insuffler une prise de conscience collective et concédait justement à l’entreprise un rôle nouveau, un rôle central même, dans la prise en charge des urgences sociales et sociétales les plus vives. Les grands défis auxquels notre génération est confrontée, en premier lieu celui du réchauffement climatique, ne pourront clairement pas être relevés sans des engagements forts pris par des entreprises et leurs parties prenantes. Les visions désuètes et les vieux débats  qui consistaient à exclure de fait l’entreprise de toute prise en charge de l’intérêt général ou de ces enjeux d’utilité sociale semblent donc définitivement clos. Oui, l’entreprise est devenue un acteur essentiel de l’intérêt général, et l’intérêt général une préoccupation permanente de l’entreprise.

Raison d’être : l’heure du passage à l’acte

Après avoir posé ce cadre inédit et ambitieux, à l’heure où nombreuses sont les entreprises de toutes tailles qui se rêvent « à mission » et s’organisent pour définir au plus vite leur propre « raison d’être », vient indéniablement le temps du passage à l’acte. 

Au-delà d’une RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) normée et contrainte, en plus des pratiques responsables qu’elles adoptent (tant vis-à-vis de l’interne que de leurs parties prenantes externes), ou grandes orientations stratégiques vertueuses qu’elles se fixent pour faire le choix du long terme, les entreprises françaises disposent alors d’un très large panel d’investissements citoyens pour exprimer cet engagement de manière plus proactive. Le mécénat d’entreprise (porté en direct, par l’intermédiaire d’une fondation ou de tout autre véhicule), l’impact investing, l’open-innovation sociale, les JVS (Joint Venture Sociale), les contrats à impact social, le développement de produits « inclusifs », etc., qui consistent à mobiliser des financements, des compétences de collaborateurs ou des apports en nature, sont autant de leviers d’investissement qui permettent de renforcer cette vocation sociale. La France est ainsi un véritable laboratoire d’innovation sociale où se confrontent et se complètent les initiatives citoyennes d’acteurs très divers issus de la sphère publique, privée ou de la société civile. Le rôle de l’entreprise n’est désormais plus seulement de les soutenir financièrement, mais bien de les co-construire et de les porter très directement avec chacun. 

Au moment de construire ou d’arborer cette « raison d’être », fraîchement définie, nombreuses sont alors les entreprises qui oublient que leur premier capital reste la somme des compétences que les femmes et hommes qui la composent réunissent au service de cette mission. Que de l’épanouissement de ses ressources humaines dépendent leur pérennité et leur capacité à appréhender l’avenir sereinement. 

Le préalable au sein de toute entreprise engagée n’est-il pas de permettre à chacun de ses collaborateurs de pouvoir… s’engager eux-mêmes ? La première des raisons d’être d’une organisation collective, n’est-elle pas de permettre à ceux qui la composent de défendre et se faire les ambassadeurs directs de cette « Mission » ? N’est-elle pas, plus encore, d’agréger les engagements citoyens de chacune et chacun d’entre eux ? L’investissement citoyen le plus vertueux, le plus évident qu’il soit, à l’ère de la raison d’être, n’est-il pas l’investissement humain, la transmission directe de compétences quand 84% des structures qui font le bien public (associations, autres acteurs d’intérêt général, structures à finalité sociale, etc.), disent avoir besoin de compétences pour se développer durablement ?

Le partage de compétences, l’autre moyen d’investir dans la citoyenneté…

Pro bono est l’abréviation de l’expression latine pro bono publico, qui signifie « pour le bien public ». C’est le fait de transmettre gracieusement ses compétences à des structures à finalité sociale pour leur permettre de se développer durablement. A l’origine connu dans le monde du droit, aux Etats-Unis, le pro bono se répand désormais à tous types de professions, pour tous types de problématiques sociétales et dans plus de 30 pays à travers notre Global Pro Bono Network. En 2011, l’association Pro Bono Lab a été créée pour importer en France cette pratique. Notre pays s’étant doté en 2003 d’un dispositif fiscal en faveur du mécénat des entreprises parmi les plus généreux sur le plan international, la pratique du pro bono y intègre pleinement les dispositifs du mécénat de compétences (sur le temps de travail) comme du bénévolat de compétences (hors temps de travail).

Permettre à ses collaborateurs de s’engager, c’est leur ouvrir les portes de l’écosystème de l’entreprise et libérer des perspectives d’expérimentations nouvelles. C’est leur confier un rôle majeur dans le système d’investissement citoyen de l’entreprise, les rendre ambassadeurs-acteurs du projet et miser sur leurs talents pour mieux préparer l’avenir. Au contact d’acteurs nouveaux, le collaborateur développe de nouvelles compétences dont la résolution de problèmes complexes, l’empathie, la créativité... ces fameuses soft skills nécessaires pour exercer les métiers de demain. 

… et de mettre le collaborateur au cœur de la raison d’être.

L’implication des collaborateurs sert bien sûr les enjeux de réputation, de cohésion interne, de développement des ressources humaines ou d’ancrage territorial. Mais elle porte surtout, au cœur de l’entreprise, l’ambition d’un engagement transformatif qui irrigue l’ensemble de ses activités. Car elle ouvre de nouveaux modes de dialogue social et permet au salarié d’être pleinement acteur des mutations de l’entreprise, de mieux s’y préparer. Le Panorama du Pro Bono (Ifop-Pro Bono Lab – 2019) et les derniers chiffres d’impacts de l’Association Pro Bono Lab (Bilan 2018) révèlent que 78% des collaborateurs qui s’engagent disent développer de nouvelles compétences, bien au-delà de transmettre celles qu’ils possédaient déjà. 81% se sentent plus fiers d’appartenir à leurs entreprises après s’être engagés. 99% se sentent plus utiles, trouvant un sens supplémentaire à leur travail. 

Dans la grande diversité des formats d’engagement des salariés qui existent ou qu’il reste à inventer, l’engagement par le partage de compétences est celui qui sert et servira le mieux les enjeux de performance et d’impact social de l’entreprise engagée. De sa construction à son expression, les collaborateurs des entreprises sont au cœur de chaque raison d’être. Et leurs compétences constituent la meilleure ressource que l’on puisse adresser au bien public.

  • MagRH1
  • MagRH2
  • MagRH3
  • MagRH4
  • MagRH5
  • MAgRH6
  • MagRH7
  • MAgRH7b
  • MagRH8
  • MagRH9LT

Mots-clés: RSE, MagRH8

Les articles relatifs à la prospective et à l'avenir des RH