Pour aller plus loin avec la prospective ...

La RSE, pacte avec le diable ou véritable raison d’être des organisations

La RSE, pacte avec le diable ou véritable raison d’être des organisations

 

Par Lidwine Maizeray, Maître de Conférences, Responsable du M1 Métiers de la Gestion des Ressources Humaines, IAE de Lille

Auparavant la dimension éthique de la RSE était l’apanage des financiers, réaffirmée avec l’accountability et le fait de rendre des comptes suite aux scandales comme celui d’Enron par exemple. Puis, la RSE s’est essentiellement tournée vers le développement durable et la prise en compte des impacts qu’une organisation peut avoir sur son environnement quand elle ne s’intéresse pas au respect des droits de l’homme sous l’angle social de la non-discrimination, voire de la gestion de la diversité. Si le développement durable est parfois travaillé par les services d’achats et de communication des grandes entreprises, la dimension sociale de la RSE, quant à elle, relève très souvent des services ressources humaines ou des services dédiés et rattachés aux ressources humaines, quand les deux autres dimensions peuvent être rattachées à un service RSE propre et décorrélé de celles-ci. 

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RH, Communication & RSE cher INVIVO

RH, Communication & RSE cher INVIVO

Interview de Sébastien Graff, Directeur des Ressources Humaines, de la Communication et de la RSE chez INVIVO

Depuis quand la fonction RH est-elle en charge de la RSE chez InVivo ?

La thématique de la RSE est apparue dans l’entreprise fin 2010 et s’est naturellement intégrée au sein de la direction des RH. L’objectif de l’époque était d’introduire un quadrilatère vertueux traitant des mêmes sujets RSE, au sein des directions de la RH, de la communication, de la RSE et d’« Invivo Foundation » (le fonds de dotation d’InVivo dédié à une mission d’intérêt général).

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Reporting RSE, reporting de l’immatériel.

Reporting RSE, reporting de l’immatériel.

 

Par Jean-Claude Dupuis, professeur à l’Institut de Gestion Sociale, auteur de l’ouvrage « Économie et comptabilité de l’immatériel. Enjeux du reporting non financier »

Le champ du reporting non financier est travaillé depuis une vingtaine d’années par de nombreuses innovations tant au niveau national qu’international. D’un côté, des pratiques de reporting sur la Responsabilité Sociétale d’Entreprise (RSE) se sont développées, consacrées par le code de commerce : au-delà d’un certain seuil en capitalisation ou en effectifs, les sociétés ont l’obligation d’informer sur les impacts de leur activité et leurs engagements en matière de droits sociaux, de droits de l’homme, de protection de l’environnement, d’éthique des affaires, de liens avec les communautés environnantes et de gouvernance. D’un autre côté, la thématique du reporting du capital immatériel est montée en puissance avec un cortège d’initiatives visant à proposer des lignes directrices en matière de publication d’informations sur ledit capital immatériel.

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Rendre les travailleurs acteurs de la RSE

Rendre les travailleurs acteurs de la RSE

Interview de Laurent Berger, Secrétaire Général de la CFDT

Quelle légitimité possède une organisation syndicale pour s’immiscer dans des considérations sociétales et écologiques ? 

Aujourd’hui plus que jamais, l’urgence sociale et environnementale nous oblige à prendre en compte les enjeux écologiques et sociétaux. Cela n’aurait pas de sens de faire autrement. Le réchauffement climatique accentue les inégalités sociales. On ne peut plus avoir une approche segmentée : les questions sont totalement liées. Pour la CFDT, ce n’est pas nouveau. Nous nous sommes toujours intéressés au développement durable. Notre boussole c’est le progrès, l’intérêt général dans toutes ses dimensions. En tant qu’acteur de la société civile le syndicalisme est légitime à défendre la planète car les activités du travail ont des effets sur elle et sur les droits humains. Ce n’est que dans une approche globale que nous pourrons construire des solutions. A la COP 21, le mouvement syndical international s’était d’ailleurs fédéré autour du constat suivant qui est devenu slogan : « Il n’y a pas d’emplois sur une planète morte ». Cela a été le point de départ d’un plan d’action sur la revendication d’une « transition juste » qui prenne en compte l’impact sur l’emploi d’une transition vers une économie bas carbone.

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Des entreprises prennent des initiatives pour reconfigurer la RSE et agir positivement sur l’environnement et la société

Par Nicolas Treuvey (Chef de projet ANVIE)

Si elle est inscrite dans les pratiques des entreprises depuis de nombreuses années du fait de dispositifs de régulation (lois, règlements, normes, labels…), la RSE montre aujourd’hui ses limites. Des entreprises proactives, conscientes de l’ampleur des défis qui conditionnent la poursuite de leur activité et de l’impasse où mènent les modèles de développement actuels veulent aller plus loin : vers une RSE reconfigurée, voire vers une RSE « augmentée » qui prend en compte la performance extra-financière, l’impact social positif, la contribution à l’intérêt général. Cette (r)évolution soulève de nouvelles questions et appelle de nouvelles pratiques qui ont été au cœur d’un groupe de travail de l’Anvie au cours duquel chercheurs et praticiens d’entreprise ont croisé leurs points de vue et leurs expériences. 

Vers l’entreprise sociétale

Emmenée par Antoine Frérot, qui fait partie des grands patrons qui ont pris position en faveur d’une redéfinition des missions des entreprises, Veolia s’est engagée dans la voie de l’entreprise sociétale et s’est dotée en avril 2019 d’une « Raison d’être » : une évolution rendue possible par la loi Pacte, adoptée quelques jours auparavant seulement. Pour Veolia, un nouveau paradigme est nécessaire : c’est parce que l’entreprise est utile qu’elle est prospère. Elle doit désormais arbitrer une performance plurielle entre toutes ses parties prenantes et répondre aux attentes de son époque. La RSE est donc tout sauf un supplément d’âme ; c’est une condition de la réussite et de la pérennité des organisations.

Veolia n’avait pas attendu la loi Pacte pour envisager autrement sa responsabilité sociétale et mener des actions. Ainsi, l’entreprise a établi une matrice de matérialité de ses enjeux RSE et s’est fixé neuf engagements assortis de 12 indicateurs clés et d’objectifs à horizon 2020. Chaque engagement est porté par un membre du Comex. Un reporting global et géographique est réalisé, les indicateurs sont présentés deux fois par an au Conseil d’administration.

L’objet social étendu, une nouvelle vision de l’entreprise 

Au-delà de la définition d’une « Raison d’être », d’autres entreprises n’hésitent pas à modifier leur objet social. Une voie empruntée par exemple par l’entreprise rouennaise Nutriset, qui agit en faveur de la nutrition des populations vulnérables partout dans le monde. Compte tenu de son activité, compte tenu des besoins de ses clients finaux, Nutriset a toujours agi sur la base de valeurs humanistes très fortes. Néanmoins, leur inscription dans l’objet social permet de les pérenniser, alors que la société sera, un jour ou l’autre, transmise aux générations suivantes. On rend ainsi durables les valeurs qui ont conduit les fondateurs à créer l’entreprise. 

Nouvel objet social rime avec nouvelle gouvernance : une commission à l’objet social étendu a été créée. Elle est composée de membres nommés par les actionnaires en raison de leur expertise et n’ayant pas d’intérêt direct dans l’entreprise. Elle a vocation à s’exprimer librement et à challenger les actionnaires, dans une démarche de progression. 

L’intérêt général peut être créateur de valeur

C’est notamment le cas dans l’économie sociale et solidaire. Le Groupe SOS s’est ainsi imposé comme le leader européen de ce secteur en se donnant l’ambition de « lutter contre toutes les formes d’exclusion ». Il réalise aujourd’hui 850 millions d’euros de chiffre d’affaires. Sans surprise, les actions qu’il mène doivent toutes avoir un impact social, atteint grâce à des protocoles très stricts qui sont complétés et enrichis par une démarche d’innovation sociale bottom up auxquels les salariés participent pleinement. Impact social atteint par ailleurs par le fait que la compétence des collaborateurs prime sur leur militantisme ou leur volonté d’agir positivement sur la société. Impact social enfin qui est mesuré afin de démontrer aux pouvoirs publics et aux parties prenantes privées que l’argent qu’ils investissent produit des résultats.

La création de valeur est-elle soutenable pour l’environnement et la société ?

Plusieurs études ont démontré que les entreprises réellement orientées en faveur du développement durable présentent une meilleure marge, une meilleure croissance et un coût du capital plus bas. D’autres études ont également clairement mis en lumière le fait que les entreprises qui tiennent réellement compte des attentes de leurs collaborateurs et de toutes leurs parties prenantes sont globalement plus performantes. Rien d’étonnant donc à ce que Solvay ait choisi de classer ses parties prenantes (investisseurs, collaborateurs, clients, communautés…) en six catégories et d’identifier leurs attentes « intangibles et incontournables » respectives, et, bien sûr, d’en tenir compte systématiquement. Comme Veolia, Solvay réalise une analyse de matérialité afin d’identifier les enjeux économiques, sociaux et environnementaux susceptibles d’influencer de façon substantielle les performances du Groupe et/ou d’avoir un impact important sur les parties prenantes. Sur le seul plan environnemental, Solvay se fixe des objectifs extrêmement ambitieux – réduire les émissions de CO2 d’un million de tonnes par an à l’horizon 2025, analyser tous les produits en fonction de leur empreinte écologique -, sans obérer ses résultats économiques.

RSE locale ou RSE globale ?

Les deux ! Certaines entreprises mettent en place des actions à un niveau très local, d’autres à un niveau global. Archer, né en 1987 dans la « capitale de la chaussure » Romans-sur-Isère, est un groupe d’économie solidaire qui a été créé pour trouver des solutions à l’exclusion et au chômage. Car Romans a été touché de plein fouet par la désindustrialisation lorsque les entreprises ont délocalisé leur production dans des pays à bas coûts : il fallait fédérer les acteurs locaux pour aider la population et maintenir coûte que coûte une activité industrielle et les savoir-faire associés. Une ligne de production a été rachetée, un lobbying anti-délocalisation a été mené auprès des entreprises locales, les compétences ont été mutualisées. Ces actions ont permis de recréer de l’emploi et des entreprises. En associant étroitement la population à la revitalisation du territoire, une dynamique positive s’est mise en place. Des startups, des PME ont vu le jour et développent aujourd’hui des activités très éloignées de la vocation originelle de Romans-sur-Isère.

A l’opposé, BNP Paribas déploie ses actions RSE à un niveau global. L’engagement social est en effet devenu un des piliers de la stratégie de cette entreprise, partant du constat que le secteur bancaire pouvait être un « agent de transformation positive » de l’environnement et de la société. Les départements RH, RSE, Communication et Volontariat ont été regroupés dans une direction de l’Engagement. Son ambition RSE est assortie de politiques engageantes, telles que le zéro déforestation nette ou des efforts significatifs en faveur de l’emploi en Seine-Saint-Denis, où BNP Paribas est désormais le premier employeur privé. Par ailleurs, BNP Paribas a adopté les objectifs de développement durable de l’ONU et en a fait des objectifs propres, en sus des objectifs financiers. En 2018, l’action directe du crédit concourait aux ODD à hauteur de 155 milliards d’euros avec un objectif à 185 milliards en 2020. Ces objectifs sont aujourd’hui déclinés dans toutes les actions du Groupe.

Total place aussi désormais l’engagement environnemental et sociétal au cœur de sa stratégie. Il s’engage ainsi à fournir une énergie au meilleur coût, à lutter contre le changement climatique sans freiner le développement économique et social. Le Groupe est entré dans la transition énergétique : le gaz naturel, les énergies renouvelables et les technologies de stockage de l’électricité font l’objet d’investissements en hausse. Parallèlement à cet engagement global, Total agit également dans ses territoires d’implantation pour contribuer au développement local ; il dispose désormais d’une véritable compétence sociétale de dialogue, qui lui permet de mettre en œuvre des solutions qui ont du sens localement. Il agit aussi en faveur de l’amélioration des droits humains.

Ce groupe de travail était animé par Pascale Levet, professeure associée à iaelyon School of Management.

Sont intervenus :

  • Jérôme Bouron, Groupe SOS
  • Christophe Chevalier, Groupe Archer
  • Manoelle Lepoutre, Total
  • Isabelle Lescanne, Nutriset
  • Marie-Laure Salles-Djelic, Sciences Po
  • Antoine Sire, BNP Paribas
  • Pierre Victoria, Veolia
  • Bertrand Valiorgue, Université Clermont-Auvergne
  • Michel Washer, Solvay

Ce groupe de travail a repris ses travaux à la rentrée 2019 avec les interventions d’Air France, Décathlon, Maif, LVMH, l’Olympique Lyonnais, InVivo, le Groupe La Poste, iaelyon School of Management, Sciences Po et MINES ParisTech. Plus d’informations sur www.anvie.fr

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