Pour aller plus loin avec la prospective ...

Il y a tellement de choses à dire

Il y a tellement de choses à dire

Par Martin Richer, consultant expert en Responsabilité Sociale des Entreprises

Tous d’abord, la très grande diversité des contributeurs à ce dossier (directeurs RSE, DRH, investisseurs, syndicalistes, chercheurs et universitaires, consultants…) met en évidence l’éventail très large de perceptions et d’attentes vis-à-vis de la RSE. Leur point commun : la plupart constatent les avancées mais attendent davantage de détermination et d’authenticité dans les changements promis par les entreprises et dans les comportements qu’elles adoptent. Il faut rappeler à cet égard que s’affirmer plus vert que les autres ou plus avancé socialement n’a rien à voir avec la RSE : il s’agit tout au plus de proclamations ou d’incantations. La RSE, c’est bien autre chose. C’est une démarche de management consistant à prendre des engagements avec ses parties prenantes, puis à les évaluer et à les réguler avec elles. C’est pourquoi je propose de traduire l’acronyme RSE par Retour Sur Engagements. Les exemples souvent légitimement mis en avant de « greenwashing » et de « social-washing », c’est-à-dire la constatation d’un écart entre le dire et le faire, ne reflètent en rien l’échec de la RSE, mais simplement l’amateurisme (ou plus grave, le cynisme) d’entreprises qui n’ont pas compris la discipline que nécessite la démarche de la RSE. Fort heureusement, et ce dossier le montre bien, bon nombre d’entreprises conduisent leur politique RSE de façon professionnelle et éthique. 

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RSE, valorisation du capital humain et création de valeur...

RSE, valorisation du capital humain et création de valeur...

Par Bénédicte Merle (CEO Fondatrice de Dolphinus)

La RSE, concept né dans les années 1950 avait en 2006 déjà 37 définitions académiques dénombrées par A. Dashrud1. La définition de la norme ISO 26000 publiée en 2010, place les ressources humaines comme acteur privilégié pour élaborer et déployer la démarche. Mais, ce n’est pas systématique. En effet, en l’absence d’un fonction spécifique au sein de l’organisation, nous observons aussi le rattachement de la démarche qui nécessite pilotage et contrôle, à la finance.

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Les collaborateurs au cœur de chaque « raison d’être » !

Les collaborateurs au cœur de chaque « raison d’être » !

Par Sylvain Reymond, Directeur Général de Pro Bono Lab

L’adoption de la loi Pacte permettait, en mai 2019, de fixer la nouvelle vocation sociale et environnementale de l’entreprise, l’encourageant à raisonner bien au-delà de ses seules performances économiques. Elle fixait la vision d’une économie plus vertueuse, plus solidaire, plus durable et venait donner un cadre à une tendance de fond impulsée par quelques dirigeants pionniers. Plus globalement, cette loi permettait d’insuffler une prise de conscience collective et concédait justement à l’entreprise un rôle nouveau, un rôle central même, dans la prise en charge des urgences sociales et sociétales les plus vives. Les grands défis auxquels notre génération est confrontée, en premier lieu celui du réchauffement climatique, ne pourront clairement pas être relevés sans des engagements forts pris par des entreprises et leurs parties prenantes. Les visions désuètes et les vieux débats  qui consistaient à exclure de fait l’entreprise de toute prise en charge de l’intérêt général ou de ces enjeux d’utilité sociale semblent donc définitivement clos. Oui, l’entreprise est devenue un acteur essentiel de l’intérêt général, et l’intérêt général une préoccupation permanente de l’entreprise.

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6 questions à Michel Yahiel

6 questions à Michel Yahiel

 

Vos fonctions tant à l'Elysée qu'à France Stratégie vous ont-elles permis d'avoir une vue élargie de l'importance de la RSE sur la cohabitation nécessaire entre Etat et Entreprise ?

En effet. Dans le premier cas ce constat est né du travail réalisé avec toutes les parties prenantes autour de la loi « devoir de vigilance », qui a débouché en 2017, après de multiples échanges et les nécessaires compromis qu'il a fallu susciter. La mobilisation et je dois dire le niveau de compétence des ONG a joué ici un rôle décisif.

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Rendre les travailleurs acteurs de la RSE

Interview de Laurent Berger, Secrétaire Général de la CFDT

Quelle légitimité possède une organisation syndicale pour s’immiscer dans des considérations sociétales et écologiques ? 

Aujourd’hui plus que jamais, l’urgence sociale et environnementale nous oblige à prendre en compte les enjeux écologiques et sociétaux. Cela n’aurait pas de sens de faire autrement. Le réchauffement climatique accentue les inégalités sociales. On ne peut plus avoir une approche segmentée : les questions sont totalement liées. Pour la CFDT, ce n’est pas nouveau. Nous nous sommes toujours intéressés au développement durable. Notre boussole c’est le progrès, l’intérêt général dans toutes ses dimensions. En tant qu’acteur de la société civile le syndicalisme est légitime à défendre la planète car les activités du travail ont des effets sur elle et sur les droits humains. Ce n’est que dans une approche globale que nous pourrons construire des solutions. A la COP 21, le mouvement syndical international s’était d’ailleurs fédéré autour du constat suivant qui est devenu slogan : « Il n’y a pas d’emplois sur une planète morte ». Cela a été le point de départ d’un plan d’action sur la revendication d’une « transition juste » qui prenne en compte l’impact sur l’emploi d’une transition vers une économie bas carbone.

Ne risquez-vous pas avec cette approche de passer à côté de ceux qui n’ont pas les moyens de se projeter dans le « futur » ? 

Non, je ne crois vraiment pas au risque de « passer à côté de », tout simplement parce que nous « construisons avec ». Toutes nos orientations, tout ce qui constitue l’action de la CFDT et le projet de société que nous proposons est nourri par du débat, par des échanges avec les travailleurs, avec les citoyens et avec des associations sur tous les territoires.

Nous avons encore pu le vérifier avec la crise des Gilets Jaunes. Celle-ci a révélé un grand besoin d’expression dans la société. Elle a dit des choses sur le pouvoir d’achat, sur les mobilités, sur l’accès aux services publics, au logement, à la santé. Nous avons organisé des débats, des rencontres et nous avons cherché des solutions. Notre réponse s’est construite avec 18 organisations de la société civile à travers ce que nous avons appelé le « Pacte du pouvoir de vivre » qui vise justement à allier justice sociale, lutte contre les inégalités et transition écologique. Ce sont 66 propositions qui constituent des repères pour chercher à lutter contre le dérèglement climatique, enrayer l’érosion de la biodiversité, améliorer le quotidien des citoyens, progresser dans les pratiques démocratiques et la participation citoyenne, remettre l’exigence de solidarité et d’égalité au cœur de l’économie, afin de construire une société plus juste et solidaire dans laquelle chacun a sa place. Cette volonté d’avancer dans ce sens, elle est partagée, puisqu’aujourd’hui ce sont 43 organisations qui agissent avec la CFDT pour ce Pacte du pouvoir de vivre.

Dans l’entreprise, comment faire en sorte que l’entreprise prenne en compte la qualité du social et intègre en même temps le développement durable ? Comment rendre les travailleurs acteurs de la RSE ? 

Il existe une vraie attente de participation de la part des travailleurs et une profonde demande de sens du travail : 72 % d’entre eux souhaiteraient être davantage associés aux décisions qui les concernent. C’est l’un des principaux enseignements de l’enquête « Parlons travail » que la CFDT a menée en 2017 à laquelle plus de 200 000 personnes avaient répondu. 

Concrètement, la question est de savoir comment on transforme cette envie d’agir, comment on répond à ce besoin de sens du travail. D’ailleurs, il est intéressant de voir que les jeunes sont de plus en plus nombreux à exprimer cette recherche de sens quand ils marchent pour le climat ou que, fraichement diplômés, ils s’engagent dans un manifeste « pour un réveil écologique » à ne pas travailler pour les entreprises les plus polluantes.

Il n’y a pas de formule magique valable partout et qui permettrait à l’entreprise ou à l’organisation d’être vertueuse sur tous les aspects. En revanche, il y a une méthode efficace, celle du dialogue, élaboré entre les employeurs et les représentants du personnel. Et c’est particulièrement valable pour ce qui est de la responsabilité des entreprises puisque la RSE, ne l’oublions pas, est fondée sur des préoccupations sociales, sociétales, environnementales et économiques. La vertu ne se décrète pas, elle se construit. 

La loi sur le devoir de vigilance que la France a adoptée en 2017 nous invite à sortir de la logique très descendante qui prévalait jusqu’alors en matière de RSE. En demandant à l’entreprise que le plan de prévention des risques d’atteintes aux droits humains et à l’environnement dont elle doit se doter soit élaboré avec les parties prenantes, elle incite à co-construire la stratégie de prévention des risques. Et les travailleurs, partie constituante des entreprises, ont évidemment une légitimité particulière à y participer.

Ce qui change aussi avec cette loi, c’est que l’entreprise n’est plus seulement redevable de son action passée. Puisqu’elle doit veiller à prévenir les dommages, elle devient en quelque sorte responsable par rapport au futur. Et pas seulement dans son périmètre immédiat, mais dans ses frontières étendues, en prenant en compte ses sous-traitants et fournisseurs. Il est important que les entreprises jouent le jeu. Elles ont à y gagner : il s’agit pour elles d’un véritable levier d’amélioration de leur performance globale.

La loi PACTE a été présentée comme la grande réforme de l’entreprise. Le résultat est-il au rendez-vous ?

La loi PACTE n’est globalement pas à la hauteur de l‘ambition annoncée. Mais parmi les éléments positifs dont la CFDT se réjouit, il y a la révision de l’article 1833 du code civil. Sa rédaction datait de Napoléon. Le monde qui l’avait vu naître n’est plus le monde d’aujourd’hui. Il était donc important de l’adapter. Au XXIe siècle, il paraît indispensable que l’entreprise prenne en considération les enjeux sociaux et environnementaux de son activité. C’est une avancée positive puisque toutes les sociétés sont concernées : désormais elles devront toutes intégrer des éléments de RSE dans leur réflexion stratégique. C’était une demande forte de la CFDT !

Vous avez évoqué le rôle des salariés « parties constituantes » des entreprises : pouvez-vous préciser ? Comment peuvent-ils peser sur des choix de "multinationales" ?

Les travailleurs forment une communauté qui produit le travail, à l’origine de la valeur créée. Il est par conséquent légitime que leurs représentants participent aux conseils d’administration. Or, la représentation entre les intérêts du travail et du capital dans l’entreprise reste très déséquilibrée. Bien souvent, les conseils d’administration sont encore guidés par des intérêts financiers de court terme. Nous souhaitons que les administrateurs salariés soient plus nombreux car ils ont une connaissance irremplaçable de la réalité du terrain, du quotidien de l’entreprise. Leur sensibilité aux enjeux sociaux et environnementaux enrichit les débats des conseils et rend plus solide la stratégie des entreprises sur ces sujets. La loi Pacte a légèrement renforcé leur présence dans les conseils. Pour la CFDT, ils devraient représenter jusqu’à un tiers du conseil comme c’est le cas dans de nombreux pays d’Europe.

A propos d’Europe, existe-t-il une réflexion des syndicats européens sur ces sujets ? 

Oui, les syndicats européens sont très mobilisés sur ces sujets. Il est important d’agir au niveau européen et international car l’activité des entreprises ne connaît pas de frontières. La confédération européenne des syndicats, qui représente 45 millions de travailleurs, demande une réglementation européenne inspirée de la loi française sur le devoir de vigilance. Quant à la CFDT, elle est également favorable au traité onusien relatif aux entreprises et aux droits de l’homme.

Ces sujets sont-ils un moyen de sensibiliser un public plus jeune à l'action syndicale ?

A juste titre, les jeunes ont une attente très forte en matière d’écologie, de transparence et de sens donné au travail. Notre action syndicale en faveur du développement durable et de la RSE établie en lien avec des ONG peut leur permettre de mieux connaître ce qu’est le syndicalisme de transformation sociale, à quoi sert une organisation syndicale, quels sont ses moyens d’action. Nous ne sommes pas une organisation figée. Nos pratiques se renouvellent sans cesse. Par exemple, nous développons une stratégie de participation aux assemblées générales d’actionnaires. A chaque fois que nous sommes intervenus, cela a fait bouger les lignes ! Les jeunes peuvent se retrouver dans notre syndicalisme en prise avec le monde actuel. On a tous à y gagner : militer avec des jeunes est vraiment pour la CFDT une opportunité de se réinventer. 

 

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Mots-clés: RSE, MagRH8, SYNDICAT

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