Pour aller plus loin avec la prospective ...

Une RSE d’impulsion

Une RSE d’impulsion

Interview Antoine Vignial, Secrétaire Général du Groupe Saint-Gobain en charge de la RSE

Pour Saint-Gobain, comment est structurée la « filière » RSE et quels sont les sujets prioritaires  ?

La RSE chez Saint-Gobain est prise en compte dans la stratégie et les décisions quotidiennes, dans les modes de management et la gouvernance, à tous les niveaux, mais elle n’est pas pilotée comme une filière à part. C’est une RSE d’impulsion : impulser des dynamiques, des politiques, des plans d’action, mis en œuvre par les équipes sur le terrain. La RSE porte une vision transversale des enjeux et des intérêts croisés, financiers, sociaux, sociétaux et environnementaux. Elle aide à créer un dialogue positif, elle s’assure que le niveau des objectifs fixés est bien à la mesure des attentes de nos parties prenantes, internes et externes. Elle met l’organisation sous tension là où les sujets ne sont pas naturellement abordés. 

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Du rapport Notat-Senard à la loi PACTE : quand la RSE s’invite dans le débat public

Du rapport Notat-Senard à la loi PACTE : quand la RSE s’invite dans le débat public

Par Martin RICHER est consultant en Responsabilité Sociale des Entreprises. Fondateur de Management & RSE

La RSE est un objet théorique ancré dans les sciences de gestion. Son demi-frère, le développement durable, est né au sein des sciences du vivant. L’une comme l’autre font rarement incursion dans le débat public. C’est pourtant ce qui s’est produit en 2018 et 2019 avec la concertation et la controverse qui ont entouré la réalisation du rapport Notat – Senard puis le vote de la loi PACTE. 

Remis au gouvernement le 9 mars 2018 par Nicole Notat, présidente de la société de notation Vigeo-Eiris et Jean-Dominique Senard, à l’époque président du groupe Michelin, le rapport sur « L’entreprise, objet d’intérêt collectif » a relevé le défi d’affronter la grande défiance que les citoyens français adressent à leurs grandes entreprises (voir : « L’entreprise en 2019 : la disruption ou la détestation ! » http ://management-rse.com/2019/02/19/lentreprise-en-2019-la-disruption-ou-la-detestation/). Si cette défiance s’adresse aux grandes entreprises alors que les TPE et PME font au contraire l’objet de jugements positifs, c’est bien que les premières apparaissent « hors-sol », indifférentes à leur écosystème, alors que les secondes sont insérées dans des relations de proximité avec leurs parties prenantes, notamment leur territoire et leurs salariés. 

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Il est temps que les DRH et les directeurs RSE se parlent  !

Il est temps que les DRH et les directeurs RSE se parlent  !

Interview de Fabrice Bonnifet, Président du C3D (Collège des directeurs du DD), Propos recueillis par Martin Richer

Pouvez-vous nous présenter le C3D en quelques mots ?

L’ambition du C3D est d’être l’association de référence des acteurs qui œuvrent pour des entreprises plus responsables ! Plus de 150 Responsables DD/RSE d’entreprises ont rejoint le C3D en 11 ans dont 42 dans les 12 derniers mois. Le C3D est une communauté de gens qui s’entendent bien et qui aiment collaborer ensemble pour le bien commun.

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RSE, bien commun et projet d’entreprise

RSE, bien commun et projet d’entreprise

Patrick Storhaye, Président de Flexity, Professeur Associé au CNAM Paris, fondateur de RH info

En 2014, plusieurs acteurs de l’industrie pharmaceutique Nord-Américaine avaient été pointés du doigt, notamment par Hillary Clinton, pour avoir augmenté brutalement le prix de certains médicaments vitaux, et ce dans des proportions ahurissantes. Martin Shkreli, alors CEO de Turing Pharmaceuticals qui avait augmenté un de ses produits de 5 000%, était au centre de la polémique1 et fut alors désigné2 comme l’homme « le plus détesté » des Etats-Unis.  Dans un entretien sur CNBC3, le CEO de Valeant vantait de son côté les mérites de sa stratégie de croissance par acquisitions, financée par une dette aussi galopante qu’importante, comme la meilleure option pour ses actionnaires. Plusieurs articles4 fustigeaient alors sa propension à servir le seul intérêt de ses actionnaires au détriment de celui des patient·es. Elu CEO de l’année5 en 2015, il fut limogé6 en 2016, sa stratégie explosant en vol, puis arrêté7 ensuite pour soupçons de fraude. Warren Buffet8 le donna alors en exemple de ce qu’il ne faut pas faire pour présider aux destinées d’une entreprise.

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La RSE au Maroc

Entretien avec Jacques IGALENS, professeur émérite Université Toulouse Capitole, président de l’IAS et Jean Marie PERETTI, professeur ESSEC Business School à l’occasion de l’ouvrage d’Adil Cherkaoui « RESPONSABILITÉ SOCIÉTALE DES ENTREPRISES AU MAROC » (L’Harmattan, 2019), pour lequel ils ont rédigé préface et postface.

Vous avez accompagné de nombreuses recherches sur la RSE au Maroc, pourquoi s’intéresser spécialement à ce pays et à ce thème dans ce pays ?

Jacques IGALENS : Si je participe à de nombreuses recherches sur la responsabilité sociale au Maroc c’est que la recherche sur ce sujet est très en pointe dans ce pays. J’ai fait partie de nombreux jurys de thèses et préfacé cinq ouvrages sur le sujet, soit à peu près autant qu’en France. La raison de cet intérêt du Maroc pour la RSE est à la fois historique et conjoncturel. Historiquement le patronat marocain a pris très tôt le parti de créer un label RSE. Il l’a fait avec l’aide de l’agence Vigeo Eiris et il n’est pas impossible que les origines marocaines du directeur des Méthodes et des Relations Institutionnelles de cette agence ait joué un certain rôle. C’est donc en 2006 que la CGEM (Confédération Générale des Entreprises du Maroc) publie son label et même si les débuts sont assez difficiles cette création entraîne une émulation entre les chefs d’entreprise et, pour les chercheurs marocains, offre des opportunités de terrain de recherche. J’ai recensé sur la décennie 2010/2019 une vingtaine de thèses de gestion au Maroc sur ce sujet, c’est probablement du même ordre qu’en France alors que le tissu d’entreprises marocain est loin d’avoir la même densité et la même importance qu’en France. D’un point de vue conjoncturel on peut aussi rapprocher les deux pays puisque c’est à Paris qu’a eu lieu la COP 21 qui a abouti en 2015 à des engagements forts de la communauté internationale sur le climat et l’année suivante la COP 22 se tenait à Marrakech. Cette coïncidence a également entrainé une certaine appétence des enseignants et des intellectuels pour ces sujets et ceci explique aussi les rencontres universitaires et les livres sur le sujet de la RSE qui se sont multipliés au Maroc.

Jean-Marie PERETTI : je partage tout-à-fait le constat du professeur IGALENS sur le fort développement de la recherche académique dans le domaine de la RSE au Maroc.  Ces recherches reflètent l’intérêt des entreprises implantées au Maroc pour leurs responsabilités dans le domaine social, sociétal et environnemental et la mise en œuvre d’engagements RSE.  Le poids croissant des normes nationales et internationales me semble l’une des causes de cet intérêt. De nombreuses entreprises marocaines sont des fournisseurs d’entreprises internationales qui imposent le respect de normes sociales. Prenant les devants, le secteur textile marocain largement exportateur s’est doté de sa norme RSE pour apporter à leurs clients les garanties souhaitées. De nombreuses entreprises marocaines ont signé le Pacte Mondial des Nations unies lancé en 2000. La CGEM et le réseau Maroc du Pacte Mondial ont joué très tôt un rôle de mobilisation, de prise de conscience et d’accompagnement. La publication de la norme ISO 26000 en 2010 a stimulé la mise en place d’une démarche RSE. L’implantation au Maroc de grandes entreprises étrangères (le Maroc accueille un volume important d’IDE, Investissements Directs Etrangers) soumises à des règles de transparence sur leurs engagements et réalisations RSE dans leurs filiales a également favorisé la diffusion des pratiques RSE. Enfin, il faut  l’engagement personnel de plusieurs dirigeants d’entreprises marocaines. Tout ceci explique que les chercheurs en sciences de gestion, de plus en plus nombreux au Maroc, aient trouvé dans le domaine de la  RSE des sujets de thèse et de recherches novateurs, passionnants et à fort enjeux.  

Justement si on compare avec la France, y-a-t-il des particularités concernant la RSE au Maroc ?

Jacques IGALENS : Oui même si, évidemment, les grands thèmes sont identiques. L’ouvrage d’Adil Cherkaoui qui est issu de sa thèse (« RESPONSABILITÉ SOCIÉTALE DES ENTREPRISES AU MAROC, Facteurs déterminants, analyses perceptuelles et typologies comportementales » Ed. L’Harmattan) montre, par exemple que les premières entreprises marocaines intéressées par la RSE ont été les grandes entreprises, parfois des filiales de groupes européens ou des entreprises dans le giron du pouvoir. Mais aujourd’hui nombre de PME/PMI se lancent dans la RSE sur des bases très contextualisées, les dirigeants de ces PME ont à la fois le souci de leur réputation personnelle et cherchent à inscrire leur action dans ce que l’auteur appelle une « RSE de proximité ». D’autres travaux s’attachent à des particularités marocaines qui tiennent à la place de la religion dans la société. J’ai co-dirigé une thèse de Mme Doha Sahraoui, qui explique avec une grande finesse les problématiques d’égalité homme/femme au Maroc en prenant comme sujets les cadres des entreprises marocaines. Il y a beaucoup moins de désir de progresser chez la femme cadre au Maroc qu’en France. Pourquoi ? Parce qu’elle estime qu’elle a déjà dû surmonter beaucoup d’obstacles pour être là où elle est et le maintien de sa situation est déjà un objectif en soi. Au Maroc, il y une véritable éviction des femmes du marché du travail, 77% des femmes en âge de travailler ne travaillent pas et pour celles qui sont actives (23%), seules un quart occupe un emploi. 1,3 millions de filles et de femmes entre 14 et 24 ans ne sont ni à l’école, ni en formation ni en emploi. Elles sont écartées de tout. Ce sujet de l’égalité homme/femme est certainement un sujet d’importance majeure au Maroc et si la RSE ne peut pas tout elle peut cependant contribuer en aidant par exemple les femmes à pouvoir à la fois avoir un emploi et être mère.

Jean-Marie PERETTI : On observe une dynamique marocaine pour adapter et adopter les  normes internationales en matière de RSE. Les grands groupes publics ont adopté des politiques RSE ambitieuses, en particulier en matière d’emploi pour aider à résorber le chômage des jeunes. Le secteur privé marocain a pris également de nombreuses initiatives de partenariat, de développement et de partage d’expériences et des expertises avec la volonté affichée par la CGEM que  le secteur privé marocain joue un rôle moteur au niveau africain. Pour le président de la CGEM, la Confédération veut « faire en sorte que le secteur privé au Maroc soit considéré comme un secteur modèle dans l’intégration des éléments liés au développement durable, mais également tout ce qui concerne le développement humain et le travail décent’’. 

Comment sentez-vous l’évolution de la RSE au Maroc ?

Jacques IGALENS : il faut à l’observateur beaucoup de modestie car le Maroc est un pays complexe qui connait des tensions et ce que l’on perçoit, notamment à travers la RSE et ce que divulguent  les entreprises à travers leur communication institutionnelle n’est pas suffisant pour pouvoir faire des prévisions. Je voudrais prendre juste un exemple qui montre la difficulté de comprendre ce qui se passe sous nos yeux. À la mi-avril 2018, un mouvement de protestation contre la vie chère est lancé sur Facebook. Anonyme, il incite à boycotter trois marques accusées de pratiquer des prix élevés. Sont visées les eaux minérales Sidi Ali, appartenant à l’ancienne dirigeante de la CGEM, les stations-service Afriquia, détenues par le ministre de l’Agriculture et le lait de Centrale Danone. On sait que Danone est une bonne élève de la RSE, j’ai d’ailleurs écrit un livre sur le management de la RSE qui prend souvent Danone en exemple de bonnes pratiques (« Le management de la RSE » Edition Pierson). Ce boycott m’a surpris car il n’y avait pas eu de hausses de prix depuis 2013 mais il a eu beaucoup de succès et les ventes de Danone ont chuté de 35% en 2018 au Maroc. Donc il faut rester modeste et ne pas avancer que la RSE va résoudre tous les problèmes. Néanmoins je pense que la RSE peut, dans ce pays, être très complémentaire des efforts que fait le pouvoir pour améliorer la situation du pays dans certains domaines tels que l’éducation, la santé, l’égalité homme/femme, etc.  

Jean-Marie PERETTI : Le succès évoqué par le professeur IGALENS des boycotts d’avril 2018 des produits de trois entreprises leaders a montré la capacité de mobilisation sur les réseaux sociaux pour des thèmes qui relèvent de la RSE (en l’occurrence la responsabilité à l’égard des consommateurs).  Cet évènement a montré la sensibilité de l’opinion publique dans le champ de la RSE. La nécessité d’être vigilant au respect de toutes les parties prenantes et de communiquer sur ses engagements et sur ses réalisations s’impose aux entreprises conscientes de l’urgence d’améliorer leur performance RSE.  Cette prise de conscience se traduit par un foisonnement d’actions responsables dans les domaines sociaux, sociétaux et environnementaux.

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Mots-clés: RSE, MagRH8

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