Former ou Déformer ?

46e colloque de la Formation Continue à l'Université

46e colloque de la Formation Continue à l'Université

La loi sur la liberté de choisir son avenir professionnel est promulguée depuis septembre 2018, les principaux décrets d’application sont entrés en vigueur et comme tous les acteurs du champ de la Formation Professionnelle, les universités sont confrontées à une obligation de bouleversements d’ampleur. Saisir les opportunités de la loi, profiter de la liberté d’agir pour positionner nos universités sur les différents marchés de la formation professionnelle est un enjeu stratégique majeur. Le 46e colloque du réseau FCU, réuni à Nice, a été l’occasion de débattre et d’échanger sur la notion de performance de la formation professionnelle.

Retour sur quelques temps forts

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Le nouveau rôle de l’entreprise dans la formation aux gestes qui sauvent

Le nouveau rôle de l’entreprise dans la formation aux gestes qui sauvent

Au préalable, un constat : la France fait partie des mauvais élèves de l’Europe dans le domaine de la formation de la population aux premiers secours. En effet, à peine 20% des Français sont formés alors que 90% des Norvégiens le sont. Cette trop modeste politique de formation a une incidence directe sur le taux de survie en cas d’arrêt cardiaque qui s’élève à 5% dans l’hexagone contre 40% en Norvège.  

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Beaucoup d’innovations, pas (encore ?) de révolution

Beaucoup d’innovations, pas (encore ?) de révolution

Alexandre Malarewicz

Les innovations se multiplient dans le champ de la formation. Du micro à l’adaptative en passant par le virtual ou encore le mobile learning, on ne compte plus les nouveautés. Ce tumulte pose néanmoins question : le secteur en est-il profondément transformé pour autant ? Quelle est véritablement l’efficacité de ces nouvelles modalités d’apprentissage ? Comment sélectionner ses outils et méthodes pour se concentrer sur l’impact des formations sans céder aux sirènes de la nouveauté ?

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Numérique et formation : quelles perspectives pour les praticiens ?

Numérique et formation : quelles perspectives pour les praticiens ?

Patrick Storhaye

Depuis toujours, les avancées technologiques ont contribué au développement des savoirs. Si l’outil n’est pas la « cause » de l’apprentissage, il constitue inévitablement une de ses « causes instrumentales » au sens aristotélicien. Le stylo n’est évidemment pas la cause principale du poème mais il ouvre bien un champ des possibles au poète. Or, ce champ des possibles va au-delà du choix des mots que l’esprit, l’âme ou le cœur aurait pu faire naître chez l’auteur·trice et dont le stylo n’est que « l’outil scripteur » pour reprendre un terme cher à l’éducation nationale française. Il ouvre en effet la perspective des calligrammes qu’affectionnait Guillaume Apollinaire, considéré comme à l’origine du mot, et qui lui fit dire à Pablo Picassso : « moi aussi je suis peintre ! ».

Il y a dans cette anecdote, deux remarques qui peuvent éclairer le débat sur le numérique et l’apprentissage :

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La technologie nous connecte au monde, elle peut aussi nous connecter à nos émotions

Anaïs Roux

Il est rapide aujourd’hui de penser que les soft skills liées aux émotions deviennent essentielles en réaction au développement exponentiel des nouvelles technologies. Comme si on cherchait à remettre de l’humain dans ce contexte digital, comme si les deux semblaient aux antipodes et que l’un venait contrebalancer l’autre. Et si on changeait de prisme ? Et si on imaginait une technologie pouvant, au contraire, permettre la connaissance de soi et de ses émotions ?

Les émotions au coeur du travail de demain

En 2018, le World Economic Forum a posé une question toute simple à 15 millions de personnes : " Comment sera le travail dans 5 ans ? ". Sans surprise, les compétences techniques émergentes étaient presque toutes liées aux technologies : maîtriser l’analyse de big data, machine learning, application mobile, réalité virtuelle, impression 3D...

Face à cette technologie croissante et à la digitalisation de nombreux métiers, nous devons nous adapter, développer notre flexibilité, rester curieux et cultiver notre posture d’apprenant. Les aptitudes essentielles à acquérir sont les fameuses soft skills (ou en français : compétences psychosociales), notamment celles liées à un élément très complexe, sujet encore aujourd’hui à de nombreuses recherches : les émotions. Régulation des émotions, vulnérabilité, empathie, intelligence émotionnelle, résilience, tolérance au stress, seront les compétences phare de la décennie.

Un enjeu de maîtrise et d’expression

Les émotions semblent être la clé pour s’intégrer, s’adapter et réussir dans le monde professionnel de demain. Elles vont diriger notre attention sur certains éléments de l’environnement, vont nous aider à prendre des décisions, donnent une teneur à nos perceptions sensorielles, nous aident à développer nos relations sociales et à ancrer plus fortement un souvenir en mémoire. Pour cela, il faut savoir les reconnaître, les réguler et les exprimer. En effet, ces émotions peuvent aussi nous handicaper, notamment lorsque, face à une situation donnée, elles sont injustifiées, d’une intensité ou d’une durée mal adaptée. La nécessité est donc de les identifier précisément et de les exprimer de la manière qui nous convient le mieux à un moment donné. Ainsi, notre vie émotionnelle devient plus fluide, elle s’accorde avec les réalités de notre environnement. C’est ce qu’on appelle la régulation émotionnelle et elle est essentielle pour gérer son stress et son anxiété.

En plus de savoir réguler ses émotions, il est important d’accepter de les montrer et de savoir les partager. Le potentiel à savoir être vulnérable est une véritable mesure du courage managérial. Le leader de demain doit être honnête et authentique, car de là, émerge la confiance des collaborateurs. Mais encore faut-il pour tout cela connaître et comprendre ses propres émotions.

La connaissance de soi à travers le lien corps-esprit

La clé des softs skills liées aux émotions semble donc être la connaissance de soi. La connaissance de soi c’est être conscient de nos pensées, de nos faiblesses et de nos forces. Mais c’est aussi connaître notre corps et donc nos émotions : qu’est-ce qu’il ressent, à quel moment il le ressent, où il le ressent et comment cela s’exprime ? La connaissance de soi est un composé d’analyse de notre cognition et d’écoute de son corps.

Tasha Eurich, chercheuse et psychologue, a récemment découvert que bien que la plupart des personnes disent bien se connaître, seules 10 à 15% d’entre elles répondent réellement aux critères de la connaissance de soi. Et plus la personne est dans une position de leadership, plus elle tend à surestimer ses soft skills, notamment celles liées aux émotions telles que l’empathie et la régulation émotionnelle.

La connaissance de ses émotions est en effet difficile à acquérir, et ce pour de nombreuses raisons. Pour commencer, parce que prendre connaissance des ressentis de son corps n’est plus si évident. Le lien corps-esprit a depuis longtemps été renié, le flux d’informations provenant de l’extérieur et en particulier du monde digital capture littéralement notre attention. Nous devons donc réapprendre à écouter notre corps. Aussi, la connaissance de soi passe notamment par un feedback externe. Qu’est-ce que les autres me renvoient de moi-même et de mes compétences cognitives, émotionnelles et sociales ? Un feedback honnête est difficile à trouver. Plus la personne est haut placée dans l’entreprise, moins les collaborateurs osent faire de feedback critique.

Face à cette difficulté à se constituer une image de soi juste, honnête et complète, la technologie et l’évaluation qu’elle permet, nous apparaît comme étant, paradoxalement, la solution la plus pertinente. Mais attention, pour que la technologie nous rapproche de nous-mêmes et soit au service de notre bien-être, il est nécessaire que celle-ci soit conçue dans ce sens (“ethic by design”).

La technologie comme outil puissant de connaissance de soi

La technologie mise au service de nos émotions, est un accélérateur de la connaissance de soi et de son corps. Par technologie, j’aborde principalement ici deux outils : la réalité virtuelle et le biofeedback.

La réalité virtuelle consiste à reproduire de manière artificielle une expérience sensorielle : le sujet est plongé dans un environnement virtuel immersif en 3D avec lequel il peut interagir. C’est une mise en situation réaliste.

Le biofeedback quant à lui, consiste à mesurer et montrer en temps réel au participant ses réactions physiologiques à l’aide de capteurs : respiration, rythme cardiaque, transpiration, changements de température ou encore activité cérébrale.

Couplez ces deux technologies et vous obtenez une mise en situation réaliste, réveillant des réactions cognitives et émotionnelles authentiques, pouvant être mesurées de façon juste et précise

en un temps bref. L’individu peut ainsi agir directement sur les signaux de son corps, qu’il perçoit grâce au biofeedback, en s’entraînant à s’auto-réguler avec ses propres solutions. Par exemple, la réalité virtuelle me place dans une situation qui provoque une forte charge mentale, dépassant les ressources que je pense pouvoir mobiliser. Le biofeedback m’indique que mon coeur bat très vite et que mes mains transpirent suite au stress créé. Je continue l’exercice en tentant de respirer profondément et lentement, et je peux en direct calmer mon corps, mes émotions et me donner plus de lucidité cognitive pour réaliser la tâche.

La connaissance de soi, de ses émotions et de son corps, semble être à la base du développement des autres softs skills essentielles dans le monde du travail de demain. Les recherches de Tasha Eurich ont notamment montré que lorsque nous avons clairement conscience de nous-mêmes, nous sommes plus confiants et créatifs. Nous prenons des décisions plus justes et communiquons efficacement. En tant que leader, la connaissance de soi est le meilleur moyen de bâtir des relations solides avec les équipes : plus un leader se connaît et connaît la façon dont le perçoivent ses équipes, plus il manifestera de l’empathie, saura se mettre à leur place et construira une relation saine.

Les technologies émergentes dans le domaine des interactions homme-machine offrent donc de nouvelles pistes pour observer et comprendre de façon précise son fonctionnement cognitif, émotionnel et social, pour en retour apprendre à mieux gérer des situations de stress ou de forte charge mentale.

 

Anaïs Roux

Diplômée de l’Ecole des Psychologues Praticiens et spécialisée dans l’évaluation des fonctions cognitives et de la motivation au travail. Anaïs Roux est aujourd’hui psychologue chez Open Mind Neurotechnologies, institut privé de recherche en neurosciences cognitives accompagnant les entreprises dans le développement des soft skills de leurs collaborateurs grâce aux technologies

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Mots-clés: FORMATiON, APPRENTISSAGE, ENGAGEMENT, EMOTONS

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