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Former ou Déformer ?

Le Digital Learning : révolution ou exhumation pédagogique ?

Le Digital Learning : révolution ou exhumation pédagogique ?

 

Beaucoup présentent aujourd’hui le Digital Learning et plus largement les EdTech comme des domaines porteurs d’innovations voire d’une révolution à la fois technique et pédagogique. Outre le fait que le terme « innovation » soit désormais éculé, tant chacun est tenté d’en faire un usage immodéré voire inapproprié le vidant de son sens premier, il ne semble pas, dans les faits, qu’une révolution soit en cours.

En effet, des plateformes permettant de concevoir et de diffuser des dispositifs de formation en ligne (FOAD) ou des applications dédiées à des apprentissages ciblés existent depuis plus de quinze ans. Les plus récentes d’entre elles, certes dotées de nouvelles fonctionnalités intéressantes (notamment audiovisuelles), proposent toutefois des dispositifs généralement instructionnistes centrés sur un ou quelques « sachants » s’adressant à des « apprenants » passifs. De ce point de vue, et cela quelle que soit la pertinence de l’outil technique, on se contente souvent de reproduire ce qui se passe dans une classe, un amphithéâtre ou une salle de formation mais en changeant d’échelle : de quelques dizaines voire centaines d’apprenants on passe à plusieurs dizaine de milliers sans que le risque de la « solitude du e-learner » soit toutefois réellement considéré.

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E-learning, EAD, FOD, FOAD, …. Désormais parlons F.C.A.D (Formation Continue A Distance).

E-learning, EAD, FOD, FOAD, …. Désormais parlons F.C.A.D (Formation Continue A Distance).

Une observation d’opérationnel
Depuis 2011, le Service Formation Continue de l’Université de Strasbourg (SFC Unistra) a mis en place un plan de recherche et développement ambitieux sur le E-learning.
Bien que public, il est comparable à un organisme de formation privé qui développe chaque jour des contenus de formation en étant confronté au management de formateurs et aux contraintes économiques de son activité.
Ces développements ont nécessité d’acquérir un grand nombre de nouvelles compétences, voire d’en créer.
Ces compétences sont à la fois technologiques, pédagogiques, économiques, juridiques et marketing. En fait, tout ce qui représente la chaine de valeur de la création de formations continues à distance.

Pourquoi insister sur FCAD ?

Une des spécificités de notre approche est que nous avons en permanence abordé ce développement sur quatre axes concomitants : technologique, pédagogique, économique et juridique. La dimension marketing étant apparue plus récemment.
Une autre dimension en lien avec l’angle économico-juridique arrive avec force, celle de la mesure de l’efficacité de la formation. Son retour sur investissement, va au-delà de la simple preuve d’assiduité.
Ce sont, en effet les particularités de la FCAD (Formation Continue À Distance).
C’est pourquoi nous utiliserons ce sigle, plutôt que EAD, FOD, … pour bien marquer le cadre dans lequel nous nous trouvons.


Mais pourquoi ces particularités ?

Nous avons observé un grand nombre d’expérimentations pour développer notre modèle et bâtir notre positionnement. Je parle bien là de positionnement au sens marketing du terme en partant avant tout du besoin client.
Dans ces différentes observations, nous avons souvent constaté que les structures partaient surtout de l’angle technologique. Beaucoup l’abordent par la nouveauté technique, le côté
« gadget » et ont justement tendance à zapper les fondamentaux pédagogiques, ou la finalité de la formation.
Par exemple, un important organisme de formation tenait absolument à avoir son serious-game pour être à la pointe de l’innovation. Ils ont donc développé un outil très bien fait, mais ils se sont étonnés deux ans après que celui-ci n’était pratiquement pas utilisé. Ils avaient une jolie vitrine, mais peu opérationnelle, nous parlerons également d’efficience pédagogique. Nous pourrions aussi avec ce même exemple aborder le coût de développement et son retour sur investissement. D’autres structures abordent leur développement essentiellement sous l’angle pédagogique et là c’est souvent l’aspect économique qui est oublié. Nous pouvons observer de très jolies ressources, très attractives mais qui demandent un coût de développement énorme et parfois un délai de production peu réactif dans certains contextes de marché.
Que dire des MOOCS qui ont été développés en réaction de peur par rapport à l’arrivée des MOOCS US, sans aucune analyse stratégique. Bons nombres avaient surtout pour objectif de montrer que nous savions produire des ressources avec des contenus de pointe liés à la recherche. Mais ils se sont développés hors du contexte économique de la FC et du besoin client, ce qui fait de leur question principale aujourd’hui : « Quel est leur modèle économique ? ».
C’est pourquoi développer de l’EAD en privilégiant un axe d’entrée particulier peut faire passer à côté de bien des contraintes qui font la particularité de la FCAD. Maitriser l’ensemble des technologies possibles est important, porter une grande attention à la pédagogie spécifique est primordial, mais la FCAD évolue dès le départ et plus que jamais dans un contexte économique et juridique spécifique.
Ces quatre dimensions s’inter-pellent en permanence dans un système complexe qui conditionne fortement la construction pédagogique.

Pas de modèle imposé

D’autres travers de constructions se traduisent par une injonction de modèles prédéterminés. Des structures décident d’une stratégie en disant : dans l’année, je veux que toutes mes formations soient 50% présence et 50% distance, ou 20/80 ou même certains parcours complètement à distance.
Imposer un modèle de construction uniquement pour des raisons d’innovation ou de choix économiques n’est pas plus pertinent et peut conduire à un manque d’efficience pédagogique majeur.
Nous avons eu comme souci constant lors de notre développement de conduire graduellement les formateurs à passer du présentiel au distanciel, sans les effrayer avec des concepts technologiques ou des néologismes purement marketing.
Ensuite, c’est l’objectif de développer une formation à distance aussi efficiente qu’une formation en présence de qualité qui a été notre deuxième leitmotiv.
Mise en situation pédagogique, tutorat fort, suivi rigoureux des apprenants, proximité fortes avec les créateurs des ressources sont des ingrédients qui peuvent être modulés par chacun selon sa stratégie mais qui représentent des facteurs de succès indéniables pour tous. Le développement de la FCAD est plus que jamais une analyse stratégique et technico/pédagogique, pour une efficience qui combine Qualité et Rentabilité.

La législation un point très délicat et majeur

En 2014 est apparu le premier décret qui assurait enfin la reconnaissance de la formation à distance. Ce décret a été mis à jour dans la nouvelle loi 2018 avec trois exigences de preuves.

- Mettre en place une assistance technique et pédagogique pour accompagner le bénéficiaire dans le déroulement de son parcours.
- Informer le bénéficiaire sur les activités pédagogiques à effectuer à distance et leur durée moyenne estimée.
- Mettre en place des évaluations qui jalonnent ou concluent l’action.
Si les conditions de niveaux de preuves sont réunies, on est bien dans du E-learning et pas sur de la mise à disposition d’un outil distanciel.

Les deux effets légaux sont donc :

1) Si l’apprenant ressort d’une entreprise de moins de 50 salariés, c’est finançable par l’OPCO.
2) Et dans tous les cas, parce que les conditions de preuves sont réunies, l’entreprise va pouvoir valoriser cette formation dans sa base de données économiques et sociales et la comptabiliser comme étant une véritable action de formation.
Ce contexte juridique impacte à la fois la construction de la formation sur le plan des outils spécifiques choisis et la construction pédagogique particulière pour répondre à ces faisceaux de preuves. Ce qui fait du E-Learning, dans ce contexte de la FCAD.

Pour maitriser un développement FCAD, il est impératif de :

Bien s’imprégner des contraintes et aides Techniques : Technologie (plate-forme LMS, production de cours).

Connaître les différents possibilités Pédagogiques : Maitriser la pédagogie à distance (mix de pédagogie, outils, production de cours)Ne pas perdre de vue le modèle économique : Mettre en place le modèle le plus efficient, selon les critères de conception.

Garder à l’esprit le cadre juridique dans lequel nous nous inscrivons : (code du travail, décret des faisceaux de preuves

Le développement de la formation continue à distance est plus que jamais :
Une analyse stratégique et technico/pédagogique
Pour une efficience qui combine Qualité et Rentabilité

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La loi avenir professionnel ...

La loi avenir professionnel ...

Sophie PELICIER-LOEVENBRUCK, avocat associé, cabinet FROMONT BRIENS

La réforme de la formation professionnelle issue de la loi du 5 septembre 2018 « pour la liberté de choisir son avenir professionnel » met en exergue qu’en réalité l’obligation de formation qui incombe à toute entreprise employant des salariés sur le territoire français a un double objet. 

L’obligation de tout employeur de contribuer au financement de la formation professionnelle de tous les actifs au travers de la nouvelle contribution au financement de la formation professionnelle et de l’apprentissage (CUFPA)

1er objet : il s’agit d’une obligation financière qui se traduit par le versement en pratique de deux contributions respectivement dédiées à la formation dite continue d’une part et à l’apprentissage d’autre part (à raison de : 0,55 % et 1% de la masse salariale brute pour les entreprises de moins et de 11 salariés et plus pour la première et de 0,68% de la MSB pour la seconde). 

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Pour une renaissance systémique de la création

Pour une renaissance systémique de la création

Nous, acteurs de l’innovation, de la création, du design, sommes orphelins d’un modèle qui nous avait bercés depuis la Renaissance. Il est grand temps de faire face à cette mort et de réinventer une autre façon de créer. 

Ce modèle dont nous sommes aujourd’hui orphelins copiait la Création divine. Une intention puissante créait une œuvre parfaite. Dieu était l’artiste et l’artiste était Dieu. L’inévitable mise en histoire de cette œuvre n’était que souillure et dégradation. Comme la création divine souillée par l’autre de DIeu, qui fait entrer la création dans une histoire, une dégradation, la création artistique devait être protégée du temps, mise sous verre, ne plus être touchée, et être parfois restaurée, ressuscitée, une nouvelle alliance en somme. Le modèle était donc subjectiviste, une intention puissante crée, et ahistorique, le temps dégrade.

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Pour une renaissance systémique de la création

Nous, acteurs de l’innovation, de la création, du design, sommes orphelins d’un modèle qui nous avait bercés depuis la Renaissance. Il est grand temps de faire face à cette mort et de réinventer une autre façon de créer. 

Ce modèle dont nous sommes aujourd’hui orphelins copiait la Création divine. Une intention puissante créait une œuvre parfaite. Dieu était l’artiste et l’artiste était Dieu. L’inévitable mise en histoire de cette œuvre n’était que souillure et dégradation. Comme la création divine souillée par l’autre de DIeu, qui fait entrer la création dans une histoire, une dégradation, la création artistique devait être protégée du temps, mise sous verre, ne plus être touchée, et être parfois restaurée, ressuscitée, une nouvelle alliance en somme. Le modèle était donc subjectiviste, une intention puissante crée, et ahistorique, le temps dégrade.

Trois salves philosophiques ont abattu ce modèle. 

Première salve: la révolution darwinienne. Troublant... La réalité la plus complexe, la plus sophistiquée n’aurait pas été engendrée par une intention, par un artiste tout puissant mais par elle-même. Plus encore, elle continuerait à se créer dans le temps. Un système entier plein de ses couleurs et de ses interactions, étiré par son histoire, peuplé de toutes ses espèces, débordant de vie, porterait en lui-même son intelligence, son pouvoir de création. Le créateur aurait disparu de la création. L’histoire serait devenue créatrice. 

Deuxième salve : le soupçon anti-cartésien. Nietzche, Marx, Freud révèlent les déterminants sociaux, économiques, psychologiques, somatiques du sujet. Ils déploient une énergie considérable, pour certains obsessionnelle, à déconstruire ce que Nietzche appelle le projet cartésien. Non, le sujet n’est pas autonome, puissant, libre, il est perclu de son histoire, influencé par sa classe, débordé de toute sa chaire. 

Troisième salve: l’utopie cybernéticienne, Palo Alto, et tout la pensée cybernétique de l’après-Seconde Guerre Mondiale achèvent cette mise à mort en imaginant une réalité faite d’interactions dans laquelle le sujet n’a plus sa place. L’intelligence devient une qualité du système et non plus de l’individu. La subjectivité est vue comme une entrave à la fluidité de l’information. Il faut le rendre agent plus que sujet, vecteur de communication, plutôt qu’intelligence. 

Notre société hyper-connectée, « ubérisée », obsédée par la communication offre à la cybernétique toutes les apparences d’un rêve devenu réalité. 

Voilà donc comment en à peine un siècle, une révolution, un soupçon et une utopie, nous ont laissés orphelins d’un modèle qui avait fait entrer la création dans la modernité et plus encore fondé un humanisme universaliste. 

Il nous faut d’abord en faire le deuil. Cela passe par un exercice de pensée, d’étude des idées et de leur histoire. Ce travail ne peut se satisfaire d’une simple substitution lexicale, compensation boulimique par des mots à la mode, coopération, intelligence collective, innovation, qui ne font qu’éluder le vide qui est au cœur de nous. Une fois ce travail de deuil réalisé, nous pourrons emprunter avec détermination de nouveaux chemins, ceux qui nous mèneront vers de vertigineuses questions : 

Faut-il se débarrasser de l’homme sujet pour inventer une nouvelle façon de créer ? De sa signature, de son droit de propriété intellectuelle, de la manière dont on l’évalue et dont on le valorise et le rétribue ? 

Et que veut dire créer à plusieurs ? Peut-on, comme la nature darwinienne, créer en système ? Face à sa puissance de vie propre, quelle place laisse le système à celui qui souhaite l’organiser, le diriger dans son effort de création ? Quels sont les dispositifs à mettre en œuvre ? Comment organiser un système pour le rendre créatif ? Quels outils, quelles méthodes, quel génie ? 

Nous, praticiens d’un design ouvert, tentons au quotidien de nous confronter à ces questions et d’y apporter des réponses. Encore balbutiantes, elles préfigurent une autre création. 

Notre combat est d’abord un combat contre nous-mêmes, contre l’orgueil de croire que la création pourrait sortir de nos esprits, de nos studios, de nos égos. Cela nous guette partout et tout le temps. Quand avec nos jeunes designers, nous préparons un atelier qui réunira des habitants, des citoyens, des utilisateurs pour les engager dans la création d’un quartier, d’un objet, d’une politique, des questions inquiètes surgissent : « quand commencera vraiment la phase de création ? » « une fois les ateliers terminés, y aura-t-il un vrai travail de design, d’architecture ? ». Il nous faut patiemment les réconforter en leur montrant que fabriquer une place à l’autre dans la création est œuvre. Nous devons admettre que l’œuvre n’est pas un aboutissement mais une histoire collective, altérée, inattendue. Et quand, notre commanditaire nous engage dans la fabrication solitaire d’une œuvre, alors même, nous devons y dissimuler une marge de création pour ceux qui y habiteront ou qui l’utiliseront. La création devient histoire et l’histoire devient création. 

Notre effort porte également sur l’anéantissement des barrières qui classent les gens et distinguent les rôles de producteur et de consommateur, d’experts et de béotiens, de metteurs en scène et de comédiens, de comédiens et de spectateurs, de citoyens et de politiques, de maîtres et d’élèves. Il ne s’agit pas de nier les identités, les compétences, les histoires des uns et des autres, mais bien plutôt de considérer que la création, le gouvernement ou encore l’apprentissage sont des phénomènes sociaux qui ne peuvent être accaparés. Qu’il s’agisse de créer une politique publique, un produit, une compétence, nous provoquons des proximités inhabituelles dans des conditions de stricte égalité de dignité. Citoyens, consommateurs, politiques, entreprises, gradés ou hommes du rang, grands et petits, se rencontrent et ont, l’espace d’un instant, le même pouvoir, celui de créer. Si facile et naturel que cela puisse paraître, l’effort pour fabriquer ces communautés est herculéen. « Je n’ai pas le temps ». « Je n’ai pas le droit ». « Je ne comprends pas à quoi ça sert ». « Je ne peux rien apporter ». « Tout cela est biaisé, tout est déjà écrit ». « Qu’est-ce que j’y gagne ? » « J’ai déjà fait et cela n’a servi à rien » Autant d’oppositions auxquelles il faut répondre une à une, avec patience et conviction. Tant de murs se dressent encore. 

Une fois ces gens réunis, il faut les prendre par le haut, les traiter en créateurs, en système de création devrais-je désormais dire ! De nombreuses tentatives maladroites de concertation, de co-conception, d’intelligence collective, ont laissé de bien vilaines traces. Cela passe par le refus de toute démagogie. On ne s’improvise pas créateur. Il faut prendre le temps d’observer le réel, d’en apprendre des choses, de chercher l’inspiration dans d’autres mondes, de douter, de « dezinguer » les vieilles idées, puis d’en produire de nouvelles, de les mettre en forme et les projeter dans le monde. Autant d’étapes qui nécessitent de la pédagogie, de la médiation, des méthodes, des outils. Rien de facile en somme. On ne remplace pas la Renaissance dans la démagogie et la facilité ! 

Enfin, la jeunesse de ce mouvement pourrait nous faire sombrer dans deux écueils : l’oubli du pouvoir ou la tentation de terrer notre nouvelle foi dans des catacombes de mépris et de défiance. Les deux postures, la négligence ou la révolte, nous exposent à un dangereux manque d’efficacité. Soyons pragmatiques, le monde n’est pas socialement régulé et bien articulons notre travail de création avec le pouvoir institué, quel qu’il soit : élus, administration, dirigeants, managers. Soyons créatifs et inventons-leur une nouvelle place : celle 

de la définition de la question de travail, des critères de validation, invitons-les au cœur de nos dispositifs de création... Ne les ignorons pas. 

Loin d’anéantir tout humanisme, nos premières tentatives de faire émerger une nouvelle éthique de la création, dessinent les contours d’un sujet plus humble, transpercé d’altérité, qui se renouvelle dans ses interactions avec le tout autre. « Pas d’avenir évolutif à attendre pour l’homme en dehors de son association avec tous les autres hommes » Teilhard de Chardin 

Pierre Baudry est co-fondateur de l’agence de design et de création, Okoni 

 

  

 

 

      

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