Former ou Déformer ?

Ce que nous, journalistes pouvons apporter à la formation

Ce que nous, journalistes pouvons apporter à la formation

 

L’univers de la formation connaît de nombreux bouleversements depuis l’émergence du digital avec un espoir sur-prometteur : la possibilité pour tous de se former partout, tout le temps dans (presque) tous les domaines. Alors que de plus en plus d’internautes se sont mis à suivre, regarder et plébisciter des youtubers dans des domaines variés, y compris pour s’informer et se former ; Alors que la vidéo est devenue l’alpha et l’omega de la plupart des producteurs de contenus sur internet ; Alors que la majorité des médias investissent ce champ en tentant d’innover toujours plus dans leurs formats pour coller aux usages et capter l’attention des internautes ; Les MOOC, eux, n’ont pas rencontré le succès annoncé. 

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Faire grandir et transformer vos collaborateurs avec la pédagogie Early Maker

Faire grandir et transformer vos collaborateurs avec la pédagogie Early Maker

Thierry Picq, Directeur Early Maker Development d’emlyon business school,
nous présente cette approche innovante et nous explique quelle est sa valeur ajoutée pour les entreprises et les organisations.

Qu’est-ce que signifie votre approche Early Maker ? 

Au travers de cette pédagogie, nous voulons former des individus et accompagner des organisations afin qu’ils deviennent porteurs d’innovations et acteurs du changement. Dans un monde complexe, incertain et hautement technologique, les modes d’apprentissages « top down » de connaissances figées sont devenus obsolètes. Pour faire évoluer nos programmes avec notre approche « Early Maker », nous nous concentrons sur :
• Le renouvellement des contenus : au-delà des disciplines classiques du business, nous nous intéressons aux enjeux sociétaux, aux nouvelles technologies et à leur limite, à la capacité à anticiper et à travailler dans l’incertitude pour développer une posture en adéquation avec le monde actuel ;
• Le processus pédagogique : nous privilégions l’expérience et la mise en situation en misant sur le coaching, le tutorat, le mentoring et des dispositifs qui permettent de recueillir un feedback et de faire un suivi. 

L’idée est de former des personnes qui pourront remettre en cause l’existant en questionnant et observant le monde qui les entoure, mais qui seront aussi capables de passer à l’acte même si elles ne disposent pas de toutes les informations. En effet, un Early Maker est quelqu’un qui agit, qui tire les conclusions de ce premier passage à l’acte pour mieux penser la suite et travailler en boucle itérative en ayant notamment recours au management agile, au design thinking…

Comment cela se traduit-il au niveau de vos formations executive ?

Nous proposons aux entreprises des formations sur-mesure centrées sur l’Action Learning. Il s’agit de former par la pratique, d’apprendre en faisant et de développer la capacité à faire autrement. Cela peut se traduire sous différentes formes dans la pédagogie. Nous concevons par exemple des programmes basés sur l’intrapreneuriat : nous incitons les participants à entreprendre au sein
même de leur organisation en travaillant sur des projets innovants qui répondent à plusieurs enjeux : business, RH, sociétaux….

Dans le cadre du programme co-construit avec Bristol Myers Squibb, cette démarche a fait émerger plusieurs projets tel que « Vik-e » (Victory in Innovation for Kids) : des robots
avatars mis à disposition d’enfants hospitalisés en onco-pédiatrie leur permettant de maintenir un lien social avec l’extérieur (maison, école…). L’immersion en start-up constitue également un bon moyen pour faire sortir les participants de leur zone de confort. Nous proposons ce mode d’apprentissage dans le programme conçu avec Bouygues Telecom.

Pendant 6 mois, les collaborateurs travaillent de manière active sur un projet d’une start-up, et font ainsi l’expérience de l’innovation frugale favorisant le transfert d'idées au sein de leur entreprise.

Quels sont les atouts et les spécificités de ces formations ? 

Aujourd’hui, les entreprises s’appuient de plus en plus sur leurs collaborateurs pour être des acteurs de l’innovation en interne. Notre approche Early Maker permet de répondre avec pertinence à ces attentes en proposant des programmes sur-mesure autour de leurs enjeux de transformation et d’innovation. Au-delà de la création de valeur directe pour l’entreprise, c’est aussi un vecteur
efficace de développement des compétences sur le plan collectif et individuel. L’Action Learning permet aux participants de développer leur capacité à entreprendre et à innover, mais aussi d’apprendre à travailler ensemble au sein de leur entreprise et de leur écosystème. Cette approche favorise le développement des réseaux, l’ouverture sur l’extérieur, et renforce la capacité à aller chercher là où se trouvent les ressources et les compétences nécessaires. Cette pédagogie active permet ainsi aux individus et aux entreprises de passer à l’action et de bénéficier immédiatement des apports de la formation.

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Le formateur est mort vive l’animateur d’apprentissage !

Le formateur est mort vive l’animateur d’apprentissage !

Les méthodes d’apprentissage traditionnelles font face à de nombreuses limites … Les contenus standardisés n’ont plus d’efficacité et les apprenants se sentent de moins en moins impliqués dans les formations. Le rapport de l’apprenant face à son développement de compétence a changé, il souhaite désormais s’impliquer plus activement dans sa formation. Dans le même temps, l’évolution rapide des métiers impose une remise à jour rapide des formations. L’apprentissage des nouvelles compétences doit être en mouvement pour s’adapter aux nouveaux contextes des métiers ainsi qu’aux contraintes de disponibilité des apprenants.

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Comment le digital met en mouvement les managers après une formation ?

Comment le digital met en mouvement les managers après une formation ?

Alexia de BernardyC’était top les exercices de feedback lors de ma dernière formation. Pourtant j’ai beaucoup de mal aujourd’hui à trouver les mots justes pour faire un vrai feedback à mon collègue. " " Et si cette technique du manager-coach apprise en atelier ne me convient plus, comment savoir si d’autres participants ont réussi à la personnaliser ? " Les participants comme les équipes en charge des formations, me partagent leur frustration de voir des ateliers bien construits, ayant généré un fort enthousiasme lors des exercices pratiques, ne pas donner de résultat sur le terrain. Le besoin recensé est de pouvoir mettre en mouvement, faire grandir les managers afin qu’ils acquièrent le réflexe d’adopter tel comportement souhaité, tel changement de posture ou de pratique une fois de retour au travail.

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Pour une renaissance systémique de la création

Nous, acteurs de l’innovation, de la création, du design, sommes orphelins d’un modèle qui nous avait bercés depuis la Renaissance. Il est grand temps de faire face à cette mort et de réinventer une autre façon de créer. 

Ce modèle dont nous sommes aujourd’hui orphelins copiait la Création divine. Une intention puissante créait une œuvre parfaite. Dieu était l’artiste et l’artiste était Dieu. L’inévitable mise en histoire de cette œuvre n’était que souillure et dégradation. Comme la création divine souillée par l’autre de DIeu, qui fait entrer la création dans une histoire, une dégradation, la création artistique devait être protégée du temps, mise sous verre, ne plus être touchée, et être parfois restaurée, ressuscitée, une nouvelle alliance en somme. Le modèle était donc subjectiviste, une intention puissante crée, et ahistorique, le temps dégrade.

Trois salves philosophiques ont abattu ce modèle. 

Première salve: la révolution darwinienne. Troublant... La réalité la plus complexe, la plus sophistiquée n’aurait pas été engendrée par une intention, par un artiste tout puissant mais par elle-même. Plus encore, elle continuerait à se créer dans le temps. Un système entier plein de ses couleurs et de ses interactions, étiré par son histoire, peuplé de toutes ses espèces, débordant de vie, porterait en lui-même son intelligence, son pouvoir de création. Le créateur aurait disparu de la création. L’histoire serait devenue créatrice. 

Deuxième salve : le soupçon anti-cartésien. Nietzche, Marx, Freud révèlent les déterminants sociaux, économiques, psychologiques, somatiques du sujet. Ils déploient une énergie considérable, pour certains obsessionnelle, à déconstruire ce que Nietzche appelle le projet cartésien. Non, le sujet n’est pas autonome, puissant, libre, il est perclu de son histoire, influencé par sa classe, débordé de toute sa chaire. 

Troisième salve: l’utopie cybernéticienne, Palo Alto, et tout la pensée cybernétique de l’après-Seconde Guerre Mondiale achèvent cette mise à mort en imaginant une réalité faite d’interactions dans laquelle le sujet n’a plus sa place. L’intelligence devient une qualité du système et non plus de l’individu. La subjectivité est vue comme une entrave à la fluidité de l’information. Il faut le rendre agent plus que sujet, vecteur de communication, plutôt qu’intelligence. 

Notre société hyper-connectée, « ubérisée », obsédée par la communication offre à la cybernétique toutes les apparences d’un rêve devenu réalité. 

Voilà donc comment en à peine un siècle, une révolution, un soupçon et une utopie, nous ont laissés orphelins d’un modèle qui avait fait entrer la création dans la modernité et plus encore fondé un humanisme universaliste. 

Il nous faut d’abord en faire le deuil. Cela passe par un exercice de pensée, d’étude des idées et de leur histoire. Ce travail ne peut se satisfaire d’une simple substitution lexicale, compensation boulimique par des mots à la mode, coopération, intelligence collective, innovation, qui ne font qu’éluder le vide qui est au cœur de nous. Une fois ce travail de deuil réalisé, nous pourrons emprunter avec détermination de nouveaux chemins, ceux qui nous mèneront vers de vertigineuses questions : 

Faut-il se débarrasser de l’homme sujet pour inventer une nouvelle façon de créer ? De sa signature, de son droit de propriété intellectuelle, de la manière dont on l’évalue et dont on le valorise et le rétribue ? 

Et que veut dire créer à plusieurs ? Peut-on, comme la nature darwinienne, créer en système ? Face à sa puissance de vie propre, quelle place laisse le système à celui qui souhaite l’organiser, le diriger dans son effort de création ? Quels sont les dispositifs à mettre en œuvre ? Comment organiser un système pour le rendre créatif ? Quels outils, quelles méthodes, quel génie ? 

Nous, praticiens d’un design ouvert, tentons au quotidien de nous confronter à ces questions et d’y apporter des réponses. Encore balbutiantes, elles préfigurent une autre création. 

Notre combat est d’abord un combat contre nous-mêmes, contre l’orgueil de croire que la création pourrait sortir de nos esprits, de nos studios, de nos égos. Cela nous guette partout et tout le temps. Quand avec nos jeunes designers, nous préparons un atelier qui réunira des habitants, des citoyens, des utilisateurs pour les engager dans la création d’un quartier, d’un objet, d’une politique, des questions inquiètes surgissent : « quand commencera vraiment la phase de création ? » « une fois les ateliers terminés, y aura-t-il un vrai travail de design, d’architecture ? ». Il nous faut patiemment les réconforter en leur montrant que fabriquer une place à l’autre dans la création est œuvre. Nous devons admettre que l’œuvre n’est pas un aboutissement mais une histoire collective, altérée, inattendue. Et quand, notre commanditaire nous engage dans la fabrication solitaire d’une œuvre, alors même, nous devons y dissimuler une marge de création pour ceux qui y habiteront ou qui l’utiliseront. La création devient histoire et l’histoire devient création. 

Notre effort porte également sur l’anéantissement des barrières qui classent les gens et distinguent les rôles de producteur et de consommateur, d’experts et de béotiens, de metteurs en scène et de comédiens, de comédiens et de spectateurs, de citoyens et de politiques, de maîtres et d’élèves. Il ne s’agit pas de nier les identités, les compétences, les histoires des uns et des autres, mais bien plutôt de considérer que la création, le gouvernement ou encore l’apprentissage sont des phénomènes sociaux qui ne peuvent être accaparés. Qu’il s’agisse de créer une politique publique, un produit, une compétence, nous provoquons des proximités inhabituelles dans des conditions de stricte égalité de dignité. Citoyens, consommateurs, politiques, entreprises, gradés ou hommes du rang, grands et petits, se rencontrent et ont, l’espace d’un instant, le même pouvoir, celui de créer. Si facile et naturel que cela puisse paraître, l’effort pour fabriquer ces communautés est herculéen. « Je n’ai pas le temps ». « Je n’ai pas le droit ». « Je ne comprends pas à quoi ça sert ». « Je ne peux rien apporter ». « Tout cela est biaisé, tout est déjà écrit ». « Qu’est-ce que j’y gagne ? » « J’ai déjà fait et cela n’a servi à rien » Autant d’oppositions auxquelles il faut répondre une à une, avec patience et conviction. Tant de murs se dressent encore. 

Une fois ces gens réunis, il faut les prendre par le haut, les traiter en créateurs, en système de création devrais-je désormais dire ! De nombreuses tentatives maladroites de concertation, de co-conception, d’intelligence collective, ont laissé de bien vilaines traces. Cela passe par le refus de toute démagogie. On ne s’improvise pas créateur. Il faut prendre le temps d’observer le réel, d’en apprendre des choses, de chercher l’inspiration dans d’autres mondes, de douter, de « dezinguer » les vieilles idées, puis d’en produire de nouvelles, de les mettre en forme et les projeter dans le monde. Autant d’étapes qui nécessitent de la pédagogie, de la médiation, des méthodes, des outils. Rien de facile en somme. On ne remplace pas la Renaissance dans la démagogie et la facilité ! 

Enfin, la jeunesse de ce mouvement pourrait nous faire sombrer dans deux écueils : l’oubli du pouvoir ou la tentation de terrer notre nouvelle foi dans des catacombes de mépris et de défiance. Les deux postures, la négligence ou la révolte, nous exposent à un dangereux manque d’efficacité. Soyons pragmatiques, le monde n’est pas socialement régulé et bien articulons notre travail de création avec le pouvoir institué, quel qu’il soit : élus, administration, dirigeants, managers. Soyons créatifs et inventons-leur une nouvelle place : celle 

de la définition de la question de travail, des critères de validation, invitons-les au cœur de nos dispositifs de création... Ne les ignorons pas. 

Loin d’anéantir tout humanisme, nos premières tentatives de faire émerger une nouvelle éthique de la création, dessinent les contours d’un sujet plus humble, transpercé d’altérité, qui se renouvelle dans ses interactions avec le tout autre. « Pas d’avenir évolutif à attendre pour l’homme en dehors de son association avec tous les autres hommes » Teilhard de Chardin 

Pierre Baudry est co-fondateur de l’agence de design et de création, Okoni 

  

 

 

        

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