Former ou Déformer ?

Formation : Innovons !

Formation : Innovons !

Philippe Perret

Entretien avec Philippe Perret Directeur Mobilités & Compétences du groupe ENGIE

Pour le groupe ENGIE, quels sont les principaux enjeux en matière de compétences et de formation professionnelle ?

Un peu plus des deux tiers des 160.000 emplois du groupe ENGIE à travers le monde sont des emplois techniques, et partout, le premier métier est celui des 45.000 techniciens de maintenance qui opèrent chez nos clients (entreprises, collectivités ou particuliers). Ce sont des métiers techniques en tension pour lesquels nous constatons une pénurie de ces compétences dans la plupart des pays. Il s’agit d’un enjeu fort d’attractivité et de rétention pour le groupe ENGIE.

Chez ENGIE, l’écosystème de la formation professionnelle repose sur deux piliers.  D’une part, une trentaine d’écoles des métiers réparties sur les différents continents, rattachés aux directions de formation des entités ; ces écoles concernent principalement les métiers techniques - dont celui de technicien de maintenance - et les métiers de la filière commerciale et clientèle. Et d’autre part, ENGIE University, l’université d’entreprise destinée à former les 45.000 managers du groupe dans le monde. Notre stratégie de devenir le leader de la transition Zéro-carbone dans le monde nous a amené à interroger les grandes tendances d’évolution des compétences nécessaires dans les différents métiers du groupe, au regard des enjeux posés par les technologies numériques et avec la perspective de construire les briques d’une école de la transition Zéro-carbone.

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Quelles difficultés rencontre-t-on tous lors de la production de modules de formation ?

Quelles difficultés rencontre-t-on tous lors de la production de modules de formation ?

Le secteur de la formation digitale, et plus globalement le secteur EdTech, est en pleine explosion depuis déjà plusieurs années. Les besoins de formation, notamment des différents services ressources humaines et des services formation, sont de plus en plus nombreux et les consommateurs deviennent très exigeants. Face à cette évolution, deux constats ont été réalisés.

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L’intérêt primordial de la technologie dans la singularité des softskills ...

L’intérêt primordial de la technologie dans la singularité des softskills ...

Stéphane Pomares

Les softskills sont des compétences comportementales humaines, liées à nos émotions, à notre connaissance de nous-mêmes. Les neurosciences ont beaucoup évolué ces 3 dernières décennies et nous permettent aujourd’hui de comprendre comment un comportement naît, s’ancre et se modifie. Parallèlement est apparu le courant de la Psychologie Comportementale et l’ère du Numérique. Au regard de ces nouvelles connaissances et sciences, comment la formation professionnelle peut-elle faire évoluer ses pratiques pour gagner en efficacité tout en réduisant ses coûts pour être accessible à un public plus large ?

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Evoluer dans un contexte globalisé

Evoluer dans un contexte globalisé

SKEMA Business School capitalise sur une riche histoire d’innovation et sur un réseau international dynamique pour accompagner les évolutions du monde du management et des entreprises. Rencontre avec Pascale Viala, directrice du Corporate Office au sein de SKEMA Business School. Elle nous en dit plus sur l’école, son positionnement et sur les principaux sujets qui la mobilisent.

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IA, RH et formation : quels enjeux, quel impact ?

Dans un océan de peurs et de fantasmes sur l’Intelligence Artificielle (IA), le monde des RH et de la formation doit se poser les bonnes questions pour envisager son avenir en connaissance de cause. De quoi parle-t-on vraiment ? Qu’est-ce que l’IA peut apporter aux recruteurs et aux formateurs ? Que remet-elle en question au quotidien ? Et l’apprenant, dans tout ça, est-ce qu’il apprend mieux ? 

Artificiel… ou intelligent ?

Derrière le raccourci sémantique « Intelligence Artificielle » se cacherait plutôt une réalité d’apprentissage intelligent. Car l’IA est un système qui, au lieu de produire des résultats déterminés par un programme écrit dans un but donné, s’appuie sur les probabilités tirées d’un grand nombre de données, triant et retenant les informations les plus pertinentes. L’informatique, grâce aux mathématiques et à la technologie, est ainsi progressivement devenue une science cognitive. L’ordinateur sort d’un pur rôle d’exécution pour « apprendre » : c’est le « machine learning » qui établit des corrélations entre les données. L’IA analyse et partage nos choix... et vice-versa, puisque nous apprenons aussi et partageons à notre tour. Autant dire que l’humain est plutôt central dans cette révolution annoncée.

Des modèles pour chaque métier

Au vu des investissements exponentiels dans l’IA par les acteurs économiques, géants de la high tech ou grandes entreprises industrielles, les enjeux semblent être majeurs. Mais comment les mesurer concrètement, à une échelle moins macroscopique ? Où et comment utiliser quelles données ?  Cette technologie émergente peut-elle aider au recrutement et à la formation ? Et surtout, pour quels bénéfices ?

Bonne nouvelle : nous vivons dans un écosystème numérique abondant, fragmentaire, avec des acteurs émergeants qui développent des modèles d’apprentissages variés, adaptés à une myriade de métiers. Ces acteurs, locaux, pragmatiques, proposent des modèles adaptés aux contextes professionnels et les développent selon les besoins exprimés. Car il n’est pas tant question de ce que l’IA peut faire pour vous, que de ce que vous pouvez faire, vous, avec l’IA.

Dans un monde hyper connecté où les données foisonnent au-delà de l’imaginable, une personne ou une équipe n’a pas les capacités intellectuelles de trier des informations présentes par milliards. Encore moins avec une pertinence optimale ! Cette tâche est si complexe et chronophage que le bénéfice immédiat de s’appuyer sur l’IA est évident, quel que soit le métier : le gain de temps. Des exemples ? L’analyse de millions de clichés en radiologie, pour que le médecin affine son diagnostic et propose plus vite la thérapie la mieux adaptée. Ou l’aide à l’analyse des milliers de ressources pédagogiques disponibles sur le Web, sans se limiter aux mots-clés, mais en prenant en compte tout leur contenu.

A very serious game

Il en va de même pour de très nombreux métiers, comme le recrutement. Ainsi, vous pouvez paramétrer l’IA pour qu’elle consulte, analyse et trie pour vous des centaines de profils ou de CV à partir d’une recherche multicritère : 200 mots clés, ça vous tente ? Tests de positionnement, identité web, résultats d’examens... avec une analyse par une IA, vous obtenez une finesse considérable dans la sélection des candidats, avec examen croisé et factuel des savoirs, savoir-faire et savoir-être. Et vous recrutez avec une pertinence accrue.

On va plus loin ? Un site français1  propose aujourd’hui des jeux d’intelligence artificielle multi-joueurs, ou des défis de résolution de problèmes en temps limité et offre aux entreprises de recruter des développeurs par concours, nationaux ou internationaux. Le même site vend aussi des solutions clé en main pour évaluer les candidats à des postes de développeurs.

Mais attention aux doubles sens : si les meilleurs candidats sont balisés par les entreprises, notamment sur les réseaux professionnels, ils le sont aussi par les chasseurs de tête qui les sollicitent quand ils sont déjà en poste. Un aspect qui pourrait changer la relation employeur/employé et avoir des conséquences dans l’organisation du travail. Au royaume des recruteurs qui exploitent l’IA, qui sera le roi ?

L’IA pour la formation : 100% adaptative !

En formation, les apports de l’IA sont aussi considérables. Un système d’IA bien conçu optimise en effet évaluations et parcours de formation. Selon les réponses des apprenants, elle analyse les savoirs et la méthode d’apprentissage, puis déduit des cheminements intellectuels, propres à chacun. Enfin elle adapte les contenus et leur type pour qu’ils s’accordent à la fois à l’apprenant et aux objectifs pédagogiques... et propose même des améliorations.

Ce n’est pas tout : des robots informatiques d’apprentissage, également dits « de tutorat » peuvent aujourd’hui valider des compétences, analyser des comportements et proposer des dizaines de modes d’apprentissage personnalisés. Besoin de former sur un point spécifique à un poste de travail ? Le modèle d’IA conçu pour vous ira chercher LE tutoriel le plus pertinent, LA fiche technique la plus adaptée... sans qu’un spécialiste de votre équipe passe des heures à parcourir des centaines de ressources. Très efficace pour anticiper sur les besoins des postes et faire évoluer les salariés.

« l’IA vise à démultiplier l’intelligence humaine, comme les grues multiplient notre force pour construire des immeubles ».

Yann LeCun,
chercheur en IA pour Facebook, Prix Turing 2019

Le formateur est mort, vive le formateur !

Ainsi naissent des plateformes d’apprentissage autonomes qui permettent à chacun de gérer son employabilité, selon ses capacités et sa motivation propre. Cela change aussi la donne sur le marché : si les cursus classiques sont aujourd’hui privilégiés, quid des personnes qui réaliseront demain tout leur potentiel par l’auto-apprentissage ? Quid de la valeur d’un titre ou diplôme sur le marché du travail ? Quid des grilles de salaires : indexées sur un diplôme ou sur des compétence concrètes ?

Ce faisant, nous notons que le formateur « sachant » disparaît peu à peu, au profit d’un formateur-animateur, qui construit des parcours pédagogiques multimodaux basés sur la classe inversée et les outils d’auto-apprentissage, et qui anime des séances distancielles ou présentielles. Loin d’un contrôle, voire d’une interdiction d’accès aux ressources, il est dans une posture d’ouverture selon les besoins et les demandes. La sélection des éléments de formation (ressources, outils, méthodes...) est aidée par l’IA, puis l’évaluation et l’adaptation s’appuient sur les réactions des utilisateurs eux-mêmes. 

C’est ainsi que l’IA – loin de comprimer le temps d’apprentissage ! – l’optimise, elle évite d’apprendre mal ou d’être formé pour rien, puisque de nombreux apprenants savent déjà ce que telle formation est censée leur apprendre. Elle remet l’humain au cœur des métiers. Mais pour ce faire, loin de la chimère de l’auto-formation sur le poste de travail entrelacée de tâches quotidiennes, il faut donner aux salariés le temps de se former, sur des créneaux respectés, avec des interfaces ludiques et compréhensibles... au risque de courir à l’échec.

En amont des données

Il va sans dire que l’IA n’est d’aucun secours si les personnes ne sont pas motivées pour se former, ce qui peut être la première problématique. Pourquoi refuser la formation ? Parce qu’un écran n’est-il pas un outil pertinent ? Parce que le formateur « sachant » a vécu ? Parce que la formation est trop souvent standard, donc inadaptée ?

En recrutement comme en formation, impossible de s’affranchir de la dimension humaine dans les enjeux ou les objectifs. Même si nous imaginions, au croisement de la robotique et de l’IA, des formateurs avatars qui interagiront avec les apprenants, on en revient toujours à ce qui est au cœur de l’IA : l’humain.

  

 

 

        

Mots-clés: FORMATiON, APPRENTISSAGE, COMPETENCES

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